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Articles parus dans Sciences et Avenir, numéro 613, mars 1998.

Dossier : L'ère des tribus globales

  1. Technologie et tradition sont parents
  2. Nouveau Monde virtuel des Inuits
Page du répertoire cyberhumaniste.

     Inuits, Amérindiens, Polynésiens..., les peuples autochtones cassent les clichés et débarquent sur le Net. En créant des réseaux transversaux intercommunautaires, ils renouent, grâce aux nouvelles technologies, avec la culture des anciens.

     Notre vision embrasse les enseignements antiques et la technologie moderne. Notre but : fournir une cybercommunauté aux peuples autochtones de la Terre. " Telle est l'introduction de Nativeweb, un centre de documentation autochtone en ligne, fruit d'une réflexion d'universitaires de Harvard et du MIT.

     Pour ceux dont l'inconscient est empli de clichés, Peau-Rouge attaquant les pionniers américains, aimable Esquimau chasseur d'ours blanc, Aborigène australien rêvant au milieu du désert, le Web les fait voler en éclats. Il suffit d'entrer le mot clé " autochtone " dans un annuaire d'lntemet pour constater que les peuples dits " primitifs " ont su conjuguer culture traditionnelle et technologie moderne. Ils sont bien vivants dans le Nouveau Monde numérique.

     Des centaines de sources d'information témoignent de cette renaissance culturelle. Pendant qu'en France nous somnolions sur le Minitel, les Inuits, les Mahalo de Hawaii, les Amérindiens, les Tibétains en exil, les Indiens d'Amazonie, et tant d'autres ethnies mettaient en ligne des bases de données, des journaux électroniques, des galeries d'art, des bibliothèques virtuelles, des forums de discussion.

     Dans le cyberespace, ces peuples autrefois bafoués sont à nouveau libres de vivre leur culture, leur langue et leur spiritualité. Les Esquimaux, postés tout en haut du globe, sont le peuple autochtone le plus cyber de la planète. Si les routes sont rares, les Inuits du Canada construisent en ce moment un réseau régional pour relier tous les villages aux autoroutes de l'information. Le Ier avril 1999, marquera la création du territoire autonome du peuple Inuit du Nord qui s'appellera Nunavut, " notre terre " en langue inuktitut.

     Une première dans un pays membre du G7. 56 700 Inuits résident dans ce territoire de l'extrême qui représente un cinquième de la superficie du Canada. La densité de population est de deux habitants par100 km2. Le nouveau Parlement sera entièrement relié au réseau numérique. Ainsi, le Nunavut naîtra simultanément dans le monde réel et dans le cyberespace.

     Les températures moyennes en janvier tutoient les -32 °C et par gros temps, nous raconte une internaute locale, il n'est pas rare que les Inuits cloîtrés chez eux aient comme seul lien avec leur communauté et le reste du monde, le courrier électronique. Malgré les interruptions de téléphone et d'électricité causées par le blizzard qui souffle parfois à 150 km/h, les e-mails arrivent à bon port. La multiplicité des sites démontre la volonté du peuple inuit de s'approprier ce nouveau média. Ces sites proposent des contenus en anglais et en inuktitut et, lorsque l'infrastructure du réseau à haut débit sera opérationnelle, des vidéos et des émissions radio. Plusieurs Journaux électroniques tiennent compte de l'actualité locale en version originale.

     Dans le futur Nunavut, les centres d'accès communautaires fleurissent, tel le Rankin Inlet qui a ouvert ses portes en novembre 1996. Son nom ? Igalaaq, " fenêtre ". Le soir et les week-ends, la salle des ordinateurs de l'école primaire d'Ussak de Lion est accessible à tous les habitants du village. Des étudiants bénévoles proposent des ateliers d'initiation, de navigation et de programmation, aux enfants comme aux adultes. Les réseaux numériques permettront aux Inuits répartis entre l'Amérique du Nord, la Russie et le Groenland de consolider leur communauté. Si l'histoire cyber des Inuits paraît quasi idyllique, il n'en va pas de même pour d'autres ethnies qui ont été coupées de leurs racines.

     Paula Giese, Indienne récemment décédée à plus de 70 ans, était professeur de littérature et d'histoire à l'université du Minnesota. Elle a créé un site, le Native American Indian Resources, issu de ses recherches. Elle racontait qu'" un membre de la tribu Grand Portage Ojibwe (établie dans le nord-est du Minnesota),qui aurait perdu tout contact avec ses origines, aurait trouvé en consultant ce site des informations sur le pays et l'histoire de Grand Portage et d'antres tribus. Cela les a aidés lui et ses enfants à reprendre contact avec leurs racines indiennes ".Lorsque le serveur fut endommagé par un feu accidentel, cet homme a financé sa réparation en signe de remerciements.

     Cette banque de données avec ces pages Web est l'une des sources les plus abondantes dans son domaine. Elle présente une multitude de matériaux culturels, sur les médecines traditionnelles, les données écologiques, les contes et légendes, les rites et d'innombrables liens hypertextes. À travers ces pages, Paula tentait de donner une image plus fidèle de la vie des tribus d'hier et d'aujourd'hui (voir encadré). De nombreux peuples amérindiens ont leur propre site qu'ils éditent eux-mêmes. Des communautés indigènes utilisent également le réseau comme outil de promotion de produits artisanaux ou de voyages touristiques.

     Il y a bien d'autres peuples " sans terres " qui mènent leur combat de reconnaissance politique et culturelle, de Hawaii à la Nouvelle-Zélande (lire l'entretien avec Kahuna )convaincus pour la plupart, que "les caricatures des médias aident à leur voler leur histoire ", comme l'affirme dans un article en ligne, Mark Trahant (<http://www.fac.org/PUBLICAT/trahant/contents.htm>) de la tribu du Shoshone-Bannock de l'Idaho et rédacteur en chef de The Salt Lake Tribune. Au Mexique, les zapatistes utilisent depuis plusieurs années Intemet comme arme dans la guérilla de l'information, en rendant compte du conflit qui oppose les Indiens du Chiapas à l'armée.

     Les Indiens d'Amazonie brésilienne militent, eux, pour la re-connaissance de certaines parcelles de terre, comme le relate le site Documentacâo indigenista e ambiental. Mais plusieurs ethnies manquent encore à l'appel du cyberespace, particulièrement le continent africain, représenté pour l'essentiel par une petite poignée de sites conçus par des étudiants exilés à l'étranger.

     Les peuples autochtones tentent de se réapproprier leur image et prouvent que leur culture n'est pas à ranger au rayon Antiquités. " Notre but en tant que communauté électronique, dit l'équipe de Nativeweb, n'est pas de " préserver " comme dans un musée certains vestiges du passé, mais de stimuler la transmission et le partage avec des personnes engagées dans te présent et qui regardent vers un futur durable pour ceux qui ne sont pas encore nés. "

Natacha Quester-Séméon

Mazinibii'ang-waazakone, l'ordinateur algonquin

     " II y a quelques années, racontait l'Indienne Paula Giese, j'ai demandé à une vieille Indienne Anishinaabemowin (Algonquins des Grands Lacs) âgée de 70 ans, comment elle pouvait traduire ordinateur dans sa langue. À ma grande surprise il y avait déjà un mot. " Peut-être mazinaabikiwebinigan " me dit-elle. Mazinisin est en rapport avec le dessin que l'on fait sur des barques de bois. Mazinaabidoo'ige concerne le tissage très régulier avec des perles, autant de dessins qui ressemblent aux textes imprimés des livres des missionnaires, en rapport avec le mot mazina'igan. La plupart des mots désignant l'écriture tournent autour de beshibii'an et aki, ou akiin, signifiant carte et paysage. Mais à la réflexion, la plus proche traduction serait mazinibii'ang-waazakone : des dessins faits avec de la lumière éclatante. " Extrait du site Native American Indian Resources : <http://indy4.fdl.cc.mn.us/~isk/stories/words.html>

N. Q.-S.

 

 

Suite du dossier :

Technologie et tradition sont parents
Entretien par e-mail avec Richard Kapuaala, autochtone hawaiien, responsable du site Kahunanui.
Le " Nouveau Monde " virtuel des Inuits"
Entretien de Bernard Saladin d'Anglure, professeur titulaire d'anthropologie de l'université Laval à Québec

 

Pour en savoir plus :

Les peuples autochtones
La page complémentaire du répertoire cyberhumaniste.
Notre agora cyberhumaniste
Le thème de ce texte est au cœur de notre liste de diffusion. Vous pouvez consulter les archives de nos échanges et y prendre part en vous joignant à nous...
LES DOSSIERS DE CYBERHUMANISME

 

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