
Nous sommes humainement très heureux
de la chute du régime de Saddam Hussein, dictateur redoutable
comme chacun sait. (Ayant moi-même fait l'expérience
d'une dictature, je comprends et participe à la joie
et au soulagement du peuple irakien.)
Néanmoins, nous sommes toujours extrêmement
préoccupés par la vision du monde de l'administration
Bush et par son désir avéré de nous imposer
la "Pax Americana". En d'autres termes : ce qui est
bon pour l'America est ipso facto bon pour la planète
entière, et ceux qui s'opposent à cette vision
manichéenne sont mauvais pour l'Amérique, et conséquemment
pour la planète .
Nous continuons de penser que la guerre est
la dernière des options et que la guerre de l'Irak est
et restera une guerre illégale, injustifiée et
injustifiable. Aucune arme de destruction massive n'a été
trouvée (encore moins employée) jusqu'ici, bien
que ce fut la principale raison avancée pour déclencher
cette guerre.
Forte de sa "réussite" en
Irak, l'administration Bush confortée dans sa vision
d'un monde unipolaire met déjà en garde la Syrie
: elle doit renoncer à se doter d'armes de destruction
massive. À présent, il ne s'agit plus d'attaquer
pour désarmer, mais d'attaquer pour dissuader de s'armer.
Venant de l'administration Bush, ce glissement sémantique
est on ne peut plus dangereux.
Que signifient au juste ces déclarations
?
«Nous espérons que plusieurs régimes
tireront de l'Irak la leçon que chercher à se
doter d'armes de destruction massive est contraire à
leur intérêt national»*
«C'est une magnifique occasion pour la
Syrie de renoncer à se doter d'armes de destruction massive
et, avec d'autres gouvernements de la région, de voir
s'il n'y a pas de nouvelles de possibilités dans le processus
de paix au Proche-Orient»*
Il ne s'agit donc plus de la dangerosité
de certains pays détenteurs d'armes de destruction massive
(ceux qui les possèdent, malgré la menace qu'ils
représentent, ne sont pas visés par une attaque
militaire : voir la Corée du Nord par exemple). Ce dont
il s'agit, c'est d'utiliser la guerre préventive au nom
de la libération des peuples pour instaurer la Pax Americana,
c'est-à-dire des protectorats où bon leur semble.
L'intelligence de l'empire consiste donc à
n'attaquer que certaines dictatures au Moyen-Orient (où
"comme par hasard" se trouvent les deux principales
réserves de pétrole de la planète). Ces
victoires serviront les intérêts américains
avant tout, en leur permettant de contrôler la région
et d'asseoir leur suprématie sur le monde.
En ce que me concerne, je reste vigilante et
persévère dans mon NON à la Pax Americana.
Une énorme blessure a été ouverte sur le
corps du monde arabe, qui refait l'expérience de l'arrogance,
de la colonisation et du mépris (américain). Je
pense que la résistance à la Pax Americana prendra
des chemins inattendus. Que la démonstration de force
produira un effet contraire à celui escompté.
Et que loin de dissuader les État de "l'Axe du mal"
de s'équiper en armes de destruction massive, elle les
incitera à en développer davantage afin de se
mettre à l'abri d'une opération "à
l'Irakienne".
La "guerre de démonstration"
deviendra alors une machine à accélérer
la prolifération des armes les plus dangereuses et les
actes terroristes. Une fuite en avant, une Guerre sans Fin !
On est en droit de douter de la politique de
"libération" américaine. En Afghanistan,
la riposte étasunienne qui aurait fait autour de 3500
victimes civiles n'a pas pleinement débarrassé
le pays de la présence Taliban, en un an et demi. Où
sont passés Ben Laden, et le Mullah Omar ?
Le pays est très instable. Régulièrement
de nouvelles victimes s'ajoutent à la liste : des soldats
américains et des civils tués ici et là.
Des talibans restent cachés, et lancent
des appels terroristes contre les Américains (voire le
dernier appel du Mulla Omar). Si l'on prend l'Afghanistan comme
exemple, nous avons toutes les raisons d'être inquiet,
quant au sort de l'Irak. Les Américains ont ruiné
la légalité internationale, et ne respectent aucune
limite. L'ONU doit revenir sur le devant de la scène,
non pas au service de l'Amérique, mais de la communauté
internationale toute entière. Plus que jamais, la France,
ainsi que tous ceux qui ont choisi le camp de la justice et
du droit, doivent persévérer dans cette voie.
Faute de quoi, les Américains et les Anglais vont continuer
impunément de décider seuls du bien et du mal
dans le monde entier.
Je ne pense pas, hélas !, exagérer
la situation actuelle. Je serais même la plus heureuse
si les faits me donnaient tort. En attendant, je vous livre
mon point de vue et ce que j'ai retenu des leçons irakiennes
et sud-américaine, entre autres...
Il est pour nous urgent et vital de persévérer
dans la lutte pour le respect de la justice et du droit international.
Car demain, il sera trop tard....
Tatiana
F.

Le 10 avril 2003, Paris
LA LECON IRAKIENNE, D'APRÈS
LES USA !
Le président Bush a affirmé que
l'Irak était un danger pour le monde entier, que Saddam
Hussein possédait des armes de destruction massive, c'est-à-dire
qu'il menaçait les USA (et accessoirement le monde) par
son armement nucléaire, bactériologique, chimique
et... sa puissance de frappe terroriste.
En réalité, ce que Bush affirme
n'est rien moins que le droit des Etats-Unis à attaquer
n'importe quel pays susceptible de les menacer dans cinq ans,
voire cinquante ans...
rien moins que le droit des Etats-Unis à
évaluer ce risque et à y répondre comme
bon leur semble,
rien moins que le droit des Etats-Unis à
prendre seul cette décision, en leur nom propre.
rien moins que le droit des Etats-Unis à
partir en guerre contre quiconque à n'importe quel moment
et pour n'importe quel motif (fallacieux)
rien moins que le droit des Etats-Unis à
imposer à la planète la loi du plus fort, c'est-à-dire,
LEUR Loi !
rien moins que le droit des Etats-Unis à
déclarer Hors La Loi, tous ceux qui ne sont pas absolument
d'accord avec Bush le prophète et Sa Divine Loi !
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