|
Le moins qu'on puisse dire c'est que ça
a été gênant pour tous ceux qui aiment répéter
inlassablement que le "libre" commerce ne rend que des services
à la démocratie. À l'ouverture à Doha
(Qatar) de la 4e Réunion Ministérielle de l'Organisation
Mondiale du Commerce (OMC), samedi dernier, le Président
du Conseil Général de l'institution, Stuart Harbinson
(de Hong Kong), a présenté un ordre du jour qui
contrarie les principes les plus élémentaires d'un
libre débat d'idées et de la construction de consensus.
Un long silence a été le signe d'approbation de
la part de tous ceux qui aiment se présenter comme les
représentants du "monde libre": les délégations
des États-Unis, de l'Union Européenne et du Japon.
Néanmoins, Monsieur le Président a dû entendre
une batterie de critiques sur le manque absolu de transparence
dans ses méthodes.
Ces critiques ont été émises
par les délégués des pays que l'Occident
tient absolument à identifier avec tout ce qui est arriéré
et avec l'autoritarisme: l'Inde, le Zimbabwe, la Jamaïque,
le Bangladesh et l'Ouganda, entre autres. Ces pays ont eu le soutien,
par la suite, de plusieurs ONGs qui étaient présentes
à la rencontre. Leurs critiques ont été,
malgré cela, ignorées par les dirigeants de la séance
qui n'ont pas voulu qu'elles soient discutées en séance
plénière attitude qui a fait que certains
commentateurs ont pu écrire que la rencontre de Doha battait
tous les records en matière d'autoritarisme, lors des réunions
des organismes multilatéraux. De façon symptomatique,
les médias occidentaux et tout particulièrement
les brésiliens sont en train d'omettre les faits
les plus importants de la réunion. Le seul moyen pour avoir
accès à ces informations est par Internet, dans
les sites des agences indépendantes d'information, et que
nous reproduisons en grande partie dans notre portail www.portoalegre2002.net.
La manipulation commence par un texte de base
trompeur
La principale manuvre cachée par
la presse commerciale est la tentative de forger un "consensus"
à partir de Doha, autour de la présentation d'une
tournée mondiale pour la "libéralisation" du commerce.
L'initiative est contestée par des mouvements sociaux du
monde entier et par quelques pays du Sud. Comme nous avons écrit
dans Outras Palavras dans son édition de jeudi dernier,
ces messieurs-là tentent, par ce biais, d'élargir
comme jamais auparavant le pouvoir des grandes transnationales,
de rompre les barrières qui rendent encore difficile leur
pénétration dans certains secteurs économiques
et dans certains pays, et d'empêcher que les sociétés
et les États adoptent des politiques tournées vers
l'élargissement des droits sociaux et de la protection
de la nature.
La façon d'envisager les choses des dirigeants
de l'OMC pour obtenir coûte que coûte ce qu'ils veulent
est racontée en détails par des agences telles que
la Third World Network. Les actions antidémocratiques
ont commencé par la tentative de proposer, comme texte
de base pour la réunion de Doha, un document rédigé
par Stuart Harbinson qui allait à l'encontre des opinions
émises par les pays du Sud et par certains secteurs de
la société. Tetteh Hormeku, l'un des analystes de
la Third World Network à Doha raconte
qu'une première version du document a été
rédigée en septembre par le Président du
Conseil Général, qui a essayé de la présenter
comme si le document était l'expression d'un consensus.
Immédiatement, plusieurs nations ont exposé ouvertement
leurs divergences.
Pendant l'ouverture de la réunion de Doha,
quand une deuxième version du texte de Harbinson a été
distribuée, les nations qui s'étaient plaintes ont
constaté qu'aucune de leur demande n'avait été
incorporée au document. Et pire encore: que le tout petit
nombre de références qui étaient faites aux
positions des pays du Tiers Monde dans la première rédaction
avaient tout simplement été supprimées.
Au lieu de débats en séance
plénière, tout pouvoir entre les mains de six personnes
La manuvre, néanmoins, ne pourra
pas avoir du succès sans que la rencontre même à
Doha finisse avec l'approbation du document de Harbinson, ou d'une
autre version de sens identique. Pour pouvoir garantir que cela
se passe comme ça, les dirigeants de l'OMC sont en train
d'employer une seconde méthode antidémocratique.
Ils veulent simplement supprimer les débats en séance
plénière et les remplacer par une série de
"consultations" arbitraires, entre six membres de la réunion
nommés unilatéralement par la présidence
de l'assemblée, sans aucune discussion préalable
avec les 143 pays membres.
En plus du récit de Tetteh Hormeku, le
rapport
de ces tractations a été fait par Martin
Khor, un autre analyste du commerce international qui publie ses
textes dans Third World Network. Dès samedi, le
premier jour vraiment de travaux de la réunion ministérielle,
on a annoncé que l'OMC avait désigné ces
six "aideurs". Ils seraient chargés de recueillir,
tout au long des travaux, les opinions des pays membres sur les
six thèmes plus importants: Investissements (le représentant
du Canada), Environnement (le délégué du
Venezuela), Santé (Mexique), Agriculture (Singapour), Mise-en-uvre
des Mesures (la Suisse), Normes (l'Afrique du Sud). À partir
de ces consultations, le rapport final serait rédigé
à la fin de la rencontre.
C'est là alors que plusieurs pays du Sud
ont présenté des objections à la méthode.
Le Ministre du Commerce de l'Inde a demandé que les "aideurs"
tiennent en compte non seulement le texte de base de Harbinson,
mais aussi des différentes prises de positions; et qu'on
ne nomme pas de "documents consensuels" tout ce qui
n'avait pas été largement discuté préalablement.
La délégation jamaïquaine a voulu savoir quelles
étaient les raisons qui avaient déterminé
que le choix tombe sur ces six thèmes, à la place
d'autres thèmes, qui avaient été proposés
par plusieurs nations du Tiers Monde. Le représentant de
l'Ouganda a demandé qu'on révèle la méthode
employée pour faire le choix de ces six "aideurs".
Construire des consensus ou faire confiance
aux "amis de la présidence"
Les réponse des conducteurs de la réunion
ont été évasives. Des journalistes, des délégués
de pays du Sud et des représentants de quelques-unes des
ONGs, autorisées à participer de la réunion
sont passées à appeler les "aideurs" de
"amis de la présidence" ou de "six hommes
verts". En faisant référence aux salles
vertes créées par l'OMC à la conférence
ministérielle de Seattle pour réunir seulement les
représentants des pays plus puissants et pour forger de
faux consensus.
Tetteh Hormeku raconte le chaos et l'opacité
qui ont dominé les travaux après la nomination des
"hommes verts". Selon lui, ce qui unit les indiqués
est le fait qu'ils sont tous partisans de la nouvelle
tournée de "libéralisation" du commerce.
Les pratiques adoptées par eux arrivent à être
bizarres. Hormeku dit : "Quelques-uns des 'amis du président'
virtuellement ont organisé leur cour, attendant que les
délégations les cherchent. D'autres font opté
pour commencer des réunions individuelles avec des délégués
des pays choisis. Dans ces rencontres, un délégué
n'a pas le moyen de savoir ce qu'une autre délégation
a dit. Chaque pays doit faire confiance à la honnêteté
de cet homme vert (...) Il y a déjà
des histoires sur comment les positions de quelques délégués
sont biaisées face à d'autres délégations".
Une dispute pas conclue, une résistance
qui réunit le Nord et le Sud
Rien ne permet, pour le moment, de prévoir
le résultat de la réunion de Doha, qui devra terminer
dans les prochaines heures. La pression exercée par les
méthodes autoritaires de l'OMC est forte et les possibilités
de recourir à un 'physiologisme' (N.D.T. terme
créé au Brésil pour désigner le comportement
d'intérêts personnels ou partisans) sont évidentes,
dans un tel climat. Les divergences, cependant, sont encore grandes.
Pendant qu'on attend, il est réconfortant
de vérifier que l'effort fait par les organisations sociales
du Sud et du Nord de la planète avance, cet effort pour
accroître la résistance au "libre" commerce et proposer
des alternatives. Peu avant le début de la rencontre de
Qatar, un manifeste
avec les signatures de dizaines d'entités du monde entier
a commencé à circuler, pour dénoncer la manipulation
commencée avec le document-base de Harbinson. Le texte
appelle: "nous appelons ministres, délégations
et gouvernements à repousser le brouillon comme base pour
une Déclaration finale [de Doha] (...) À sa place,
les ministres devraient présenter avec fermeté leurs
propres textes alternatifs, qui contiendront les intérêts
de leurs peuples et pays. En particulier, nous repoussons les
paragraphes 20 à 23, qui proposent le début de négociations
sur de nouveaux thèmes (...) une fois que les négociations
menaceraient le futur des pays en développement".
Parmi les signataires. Il y a une liste d'organisations qui va
de Focus on the Global South, en Thaïlande, à
Unité de Recherche, de Formation et d'Information
sur la Globalisation, qui a des sièges à Bruxelles,
Paris et Genève; de Instituto del Tercer Mundo,
uruguayen, à l' Edmond Institute, américain;
du National Workin Group on Patent Laws, en Inde, à
Campanha Norueguesa sobre o GATT e a OMC. Soit dans les pays
riches, soit dans ceux qui se trouvent dans un état de
pauvreté, il existe toujours des gens qui croient aux valeurs
de la démocratie contre l'autoritarisme et les manipulations;
qui croient au libre débat d'idées contre le physiologisme;
dans les valeurs de la solidarité contre une nouvelle tournée
de concentration de richesse et de pouvoir.
Doha
meet kicks off to "democratic" start -Martin Khor,
Third World Network
Le
monde n´est pas une marchandise! -Attac, etc
La
invasión de los seis hombres verdes Tetteh Hormeku, Red
del Tercer Mundo
Outras Palavras(D´Autres Mots)
est le bulletin en ligne du portail portoalegre2002.org
Des versions en portugais, en espagnol et en anglais sont disponibles.
Référence : Outra
Palavras (D'Autre Mots) - n°17 - Mardi, 20 novembre 2001
Reproduit par Cyberhumanisme avec l'accord du site.
|