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Porto
Alegre 2002 doit relever le défi des alternatives
Quelles sont les alternatives réelles qui
vont surgir du II Forum Social Mondial? Celui-ce sera-t-il capable
de munir les mouvements sociaux d'idées et de campagnes
capables de faire face à la contre-offensive lancée
par l'Empire? Est-ce qu'après Porto Alegre 2002 nous allons
reprendre la mobilisation international pour un monde nouveau?
Même si toutes ces questions sont répétées
avec insistance par les organisations et les militants du monde
entier, le oui que nous tous nous voulons entendre comme
réponse dépend d'un grand effort.
Il faut être sûr que les propositions qui seront présentées
pendant le II FSM sont connues de tous et qu'elles auront été
discutées préalablement le plus profondément
possible. Puisque depuis le début le portail www.portoalegre2002.org
a un compromis avec cette tâche, des pas ont été
donné cette semaine pour l'accomplir. Mardi dernier 5 des
26 textes base ont été publiés en ligne,
ce sont eux qui vont lancer le débat sur les thèmes
centraux de Porto Alegre 2002. Ils discutent: la dette
extérieure, le contrôle des
capitaux financiers, l'information,
les valeurs
d'une nouvelle civilisation et la souveraineté,
nations et empires. Depuis le 1er décembre, encore un texte
est disponible. Rédigé par Walden Bello,
de Focus on the Global South, il s'agit du texte pour la
table Pouvoir Mondialitaire (Axe IV, Table 1 du FSM). Vous
pouvez lire aussi les version en portugais,
français
et espagnol
du document dans lequel Eric Toussaint et Arnaud Zacharie
discutent les dettes extérieures.
Il est évident, de toute façon, qu'un débat
en profondeur qui nous conduira au II FSM ne doit pas se limiter
aux textes-base. Le portail www.portoalegre2002.org
a été créé justement pour discuter
les alternatives au néolibéralisme; pour cela nous
avons réuni, tout au long de ces mois de travail, environ
mille cinq cent textes sur les thèmes du Forum. À
partir d'aujourd'hui, Outras Palavras va vous présenter
cette bibliothèque. À chaque édition du bulletin,
nous parlerons de chacun des sujets capitaux de la prochaine rencontre
de Porto Alegre. Un résumé spécial vous montrera
les plus importants aspects, ou les points plus polémiques,
du texte-base. Et d'autres notes vont vous remettre aux textes
qui sont disponibles sur le portail et dont la lecture, nous vous
le rappelons, est décisive pour une compréhension
en profondeur du sujet.
Contrôle des marchés financiers (Axe
I, Table 3 du FSM) ouvre cette série. Nous vous souhaitons
une bonne lecture, et une bonne semaine.
FSM: LE DÉFI
DES ALTERNATIVES (1)
Ou l'humanité, ou la terreur
financière
Le document présenté par ATTAC
pour ouvrir ce débat autour du Thème I.3 du FSM
propose un ensemble d'issues contre la dictature des finances.
Les propositions supposent le droit d'intervention des États
sur le flux de capitaux et une "réforme radicale" des institutions
financières internationales.
Comment éviter que les marchés financiers
internationaux et les institutions qui les dirigent le
FMI et la Banque Mondiale, en premier lieu continuent à
perpétrer des génocides? Comment désamorcer
le piège des dettes publiques, qui tous les ans sont les
responsables du transfert de centaines de milliards de dollars
des pays et des classes sociales appauvries vers quelques banques,
corporations et fonds mondiaux? Quelles sont les mesures qui empêcheront
que cette masse énorme d'argent qui circule dans le monde
soit employée pour faire du chantage aux États et
à la société, pour les obliger à accepter
les contre-réformes exigées par le grand capital,
pour arracher des nations du Sud des intérêts obscènes
et dans le but de promouvoir, quand cela leur convient, des "attaques
spéculatifs" qui détruisent les monnaies? Serait-ce
une folie que de rêver d'un système financier responsable
de la promotion du développement, au lieu de celle de l'inégalité?
Choisi par les organisateurs du Forum Social Mondial comme thème
pour l'ouverture du débat sur le Contrôle des
capitaux financiers (Axe I, Table 3), de Porto Alegre 2002,
le mouvement ATTAC a déjà présenté
son document
de propositions. Comme il fallait s'y attendre, le texte part
d'une critique acide à l'ordre actuel, mais tire de ces
prises de position des conséquences pour l'action. Elles
s'appuient sur deux axes: 1. Proposition d'un ensemble
de mesures pour rendre aux États nationaux le contrôle
soit sur l'entrée et la sortie de capitaux soit sur les
marchés financiers; 2. Proposition d'une "réforme
radicale des institutions financières multilatérales".
Un dogme mis en échec : les capitaux
sont-ils intouchables ?
Tout au long de la première axe, l'ATTAC se bat contre
un des dogmes préférés des néolibéraux,
dans leur croisade pour éviter que la société
et les gouvernements (y-compris ceux de gauche...) questionnent
la mondialisation colonisatrice. Les capitaux ne sont pas intouchables,
suggère de façon claire le document. Il dresse,
par la suite, l'ensemble de conséquences désastreuses
souffertes par les pays qui craignent d'atteindre la "liberté"
de l'argent : dépendance financière extérieure,
survalorisation des monnaies, bulles de consommation et de crédit,
crises de change. Il fait recours à la théorie:
dans une référence à la dite "trilogie impossible
de [Robert] Mundell [Prix Nobel d'Économie, 1999]", il
rappelle "qu'il n'y a pas de pays capable en même temps
de définir de façon autonome sa politique économique
et de garantir la stabilité de sa monnaie dans une ambiance
de mobilité complète des capitaux". Il affirme,
sans demi-mots : "le contrôle des capitaux est un moyen
de résoudre une telle contradiction.
Comment le mettre en place ? Avant tout autre chose, il ne faut
pas avoir peur d'adopter des restrictions administratives pour
l'entrée et la sortie de l'argent comme l'on
fait, par exemple, le Chili et la Malaisie, dans les années
90. En plus, la société unie, doit faire appel à
son droit d'imposer une taxation des marchés financiers
aussi bien pour freiner la spéculation que pour que la
richesse soit redistribuée.
Trois taxes pour freiner la spéculation
En se penchant sur ce thème particulier,
l'ATTAC produit ce que pour quelques-uns peut être surprenant.
Le mouvement est connu pour être un partisan de la Taxe
Tobin, il élargit et radicalise sa proposition dans le
document envoyé au FSM. Maintenant il propose la création
de trois taxes internationales sur les flux du capital.
La première, bien évidemment, est celle proposée
dans les années 70 par M. James Tobin, Prix Nobel d'Économie,
une taxation sur toutes les opérations de change de monnaies.
Quand il soutient que le Forum de Porto Alegre doit s'approprier
de cette proposition, l'ATTAC maintien toutes les contributions
proposées il y a trois ans quand, lui-même a levé
ce drapeau. Les fonds enlevés aux spéculateurs par
la taxe doivent être transférés aux populations
appauvries, par le biais d'un programme international contre la
misère. Les taux doivent être variables pour toucher
plus lourdement les opérations spéculatives et pour
empêcher, dans les moments de crise, les fuites de capital.
La taxe peut être adoptée dans une seule région
économiquement importante du monde où les mouvements
sociaux sont en éveil par exemple, l'Europe, c'est
ce que propose le document pour donner un exemple international.
Puisque l'ATTAC s'intéresse à affirmer de façon
nette la suprématie de la société sur les
marchés, il suggère que deux autres taxes soient
imposées. La première doit être une taxe sur
ce qu'on appelle "investissement
direct extérieur" (IDE), que les médias et certains
économistes aiment qualifier comme étant "productifs".
Le document nous fait voir que, tout au contraire de la légende,
ces investissements aussi sont associés aux pratiques qui
rongent la souveraineté des nations et les droits sociaux.
Ils ne servent en faite que pour le simple achat d'entreprises
dans le Tiers Monde (et jamais pour l'implantation de nouvelles
activités). Ces investissements sont devenus l'outil employé
par les transnationales pour le transfert d'une partie de leur
production vers les pays où les salaires sont plus avilis
et où les travailleurs ont moins de droits. Une taxe internationale
sur l'IDE dans n'importe quelle partie de la planète pourrait
freiner cette tendance, nous rappelle le texte. Les conséquences
seraient plus sensibles si les taux frappaient durement l'argent
envoyé dans des pays qui ne respectent pas les conquêtes
sociales et, par opposition, dans les pays où il y a du
respect pour le travail, ils stimulaient les investissements productifs.
Une troisième taxe tacherait d'empêcher que les transnationales
maquillent leur comptabilité, en réduisant de façon
artificielle, les bénéfices obtenus dans les États
qui font payer plus d'impôts sur le capital; en faisant
un "transfert" fictif de gains dans des pays où il n'y
a presque pas de taxation.
Supprimer les paradis fiscaux, en finir avec la socialisation
des pertes
Le combat que nous propose ATTAC contre la "liberté"
de l'argent n'est pas restreint, néanmoins, à l'implantation
de taxes. Dans un chapitre spécial du document, avec sophistication
technique, une série de mesures pour contrôler "des
marchés et les agents financiers" est donnée. Deux
d'entre elles sont plus importantes: l'élimination des
paradis fiscaux (par une série d'étapes définies
en détail) et la fin de toutes les "opérations de
sauvetage" du Fond Monétaire International qui, sous prétexte
d'éviter le moratoire des pays du Sud, ne servent en vérité
que pour protéger les investisseurs étrangers.
Il s'agit d'un thème essentiel pour des pays tels le Mexique,
la Corée du Sud, l'Indonésie, la Russie, le Brésil,
la Turquie et l'Argentine. Tous ces pays ont envoyé tout
au long des années 90 des dizaines de milliards de dollars
aux investisseurs étrangers. Et par conséquent ils
ont tous été des victimes à un moment ou
à un autre de la décennie, de crises de change.
Celles-ci ont été désamorcées grâce
aux étranges opérations de "secours" du FMI: les
pays "sauvés" ont reçu de très importants
prêts, mais pas un seul centime n'est arrivé dans
leurs Trésors. Tous les crédits ont été
employés pour que le paiement des intérêts
dus aux créanciers ne s'arrête pas. Pour "toucher"
l'argent, toutes les nations qui ont reçu le bénéfice
ont assumé le compromis d'accélérer et d'approfondir
les contre-réformes néolibérales.
L'alternative proposée par ATTAC est simple: "obliger que
les investisseurs privés mêmes paient les déficits
provoqués par les crises" une mesure qui "permettrait
en plus de réduire le phénomène de 'risque
moral' qui touche le comportement des créanciers".
"Réforme radicale" des institutions financières
internationales
Le dernier chapitre de la proposition d'ATTAC défend
la "réforme radicale des institutions financières
internationales". La lecture du document nous laisse voir de façon
claire qu'il s'agit de renverser le rôle que joue
aujourd'hui soit le FMI soit la Banque Mondiale : le premier rôle
que ces nouvelles institutions doivent tenir serait celui d' "organiser
l'annulation internationale de la dette extérieure des
pays les plus pauvres". Et en plus elles seraient les responsables
de la gestion d'un "Fonds Mondial de Développement" et
d'un "Fonds de Stabilisation des Changes et du Cours des Matières
Premières".
Le texte ne cache rien : ces dernières transformations
ne pourront être adoptées que dans une nouvelle conjoncture
internationale, où il sera possible de commencer la "réforme
des Nations Unies" elle-même. Mais encore, il convient quand
même de les proposer dès maintenant : aucun mouvement
ne sera capable de mobiliser l'énergie et l'intelligence
de la société sans qu'il propose, en plus des actions
susceptibles de freiner dès maintenant la furie du capital,
la patiente construction de l'utopie.
LISEZ AUSSI:
François Chesnais discute
la "nouvelle économie"
Enivrés par ce qui leur semblait être
une euphorie éternelle dans les marchés financiers,
certains théoriciens ont même pu "diagnostiquer",
il y a quelques mois encore, la naissance d'une "nouvelle économie".
Connu comme l'un des critiques des plus radicaux et en
même temps des plus profonds de la mondialisation
capitaliste, François Chesnais dénonce ce
que cette pensée cachée (en espagnol).
M. Chesnais étudie toutes les turbulences dans les finances
internationales depuis la crise mexicaine. Dans un autre texte,
écrit pendant le moment le plus dramatique de la crise
asiatique (1997), il essaie d'expliquer la relation entre crise
financière et surproduction. (en
français).
Trois propositions pour une nouvelle
architecture financière
Remplacer le FMI et la Banque Mondiale par des institutions qui
soient vraiment vouées à la distribution internationale
de la richesse et du développement est l'un des thèmes
qui passionnent de plus en plus toutes les forces qui luttent
pour un monde nouveau. Porto Alegre 2002 accompagne chaque pas
de ce débat. Pour le philippin Walden Bello, il
ne s'agit pas de revenir au système de Bretton Woods et
aux idées de lord Keynes mais, au contraire, de
"changer le modèle de développement". Pour y parvenir,
dans le domaine des finances, il faudrait y inclure aussi des
blocs régionaux créés à partir de
la solidarité et non pas des marchés (en
anglais). L'Australienne Nicola Bulard analyse la perte
de légitimité du FMI et de la Banque Mondiale, à
la suite des journées internationales de protestation.
Elle propose, dans le but de saper le pouvoir de ces institutions,
une stratégie fondée dans l'acte de rompre la dépendance
extérieure du Sud, capable de promouvoir une redistribution
et changer les rapports de force (en
anglais).
Par le biais des taxes, abolir le
sacro-saint mythe du marché
Peu de thèmes internationaux ont été
aussi discutés que celui de la taxation des opérations
financières. Les néo-libéraux la refusent,
parce qu'ils entendent que si elle est adoptée, la société
liquidera le mythe des marchés intouchables. Tous ceux
qui refusent la prépondérance de l'argent étudient
à fond le sujet. La discussion est revenu en décembre
1997, quand Ignacio Ramonet a repris, dans l'éditorial
du Monde Diplomatique, l'idée de la Taxe Tobin.
Ce texte est à la base de la création d'ATTAC (en
portugais). Dans ce même journal, Howard Wachtel
a proposé, peu de temps après, deux taxes pour mieux
contrôler les monde des finances (en
portugais), comme l'a proposé aussi Fabienne Dourson
dans la revue Iniciativa Socialista (en
espagnol). Christian de Brie approfondit encore ces
propositions en dressant la liste des privilèges fiscaux
dont se bénéficient ceux qui investissent en bourse
(en
français).
L'idée a pénétré les
mouvements sociaux et gagné du terrain dans quelques Parlements
et gouvernements nationaux, comme nous raconte Heikki Patomäki
(en
anglais). Mais, mais si elle n'est appliquée que d'une
façon restreinte dans un pays ou par un bloc économique,
la taxe peut apporter des résultats, comme nous explique
Bruno Jetin (en
français).
Frapper les inatteignables paradis
fiscaux
Le blanchiment d'argent n'est pas une déviation
de la corruption à l'intérieur du système
financier mondial, il est "un système cohérent,
intimement lié à l'expansion du capitalisme moderne",
comme l'affirme Christian de Brie (en
portugais et en
français). Même le centre planétaire de
l'économie, les EUA, ont besoin des plus de U$ 250 milliards,
en argent sale, qu'ils reçoivent tous les ans pour couvrir
leur déficit commercial, comme nous informe l'économiste
américain James Petras (en
espagnol). Tous ces rapports entre illégalité,
bourses et paradis fiscaux ont fini par être démasqués
par l'Empire même, qui a indiqué le marché
financier comme étant la source financière du terrorisme,
comme nous disent Antonio González (en
espagnol) et Jean-François Couvrat (en
français).
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Référence : Outra
Palavras (D'Autre Mots) - n°18 - Lundi, 3 décembre
2001
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