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[PORTO ALEGRE 2002]

Ou l'humanité, ou la terreur financière

Outra Palavras (D'Autre Mots), Mardi, le 27 novembre 2001 - nº 21 - bulletin en ligne du portail Porto Alegre 2002.

 

Porto Alegre 2002 doit relever le défi des alternatives

Quelles sont les alternatives réelles qui vont surgir du II Forum Social Mondial? Celui-ce sera-t-il capable de munir les mouvements sociaux d'idées et de campagnes capables de faire face à la contre-offensive lancée par l'Empire? Est-ce qu'après Porto Alegre 2002 nous allons reprendre la mobilisation international pour un monde nouveau? Même si toutes ces questions sont répétées avec insistance par les organisations et les militants du monde entier, le oui que nous tous nous voulons entendre comme réponse dépend d'un grand effort.

Il faut être sûr que les propositions qui seront présentées pendant le II FSM sont connues de tous et qu'elles auront été discutées préalablement le plus profondément possible. Puisque depuis le début le portail www.portoalegre2002.org a un compromis avec cette tâche, des pas ont été donné cette semaine pour l'accomplir. Mardi dernier 5 des 26 textes base ont été publiés en ligne, ce sont eux qui vont lancer le débat sur les thèmes centraux de Porto Alegre 2002. Ils discutent: la dette extérieure, le contrôle des capitaux financiers, l'information, les valeurs d'une nouvelle civilisation et la souveraineté, nations et empires. Depuis le 1er décembre, encore un texte est disponible. Rédigé par Walden Bello, de Focus on the Global South, il s'agit du texte pour la table Pouvoir Mondialitaire (Axe IV, Table 1 du FSM). Vous pouvez lire aussi les version en portugais, français et espagnol du document dans lequel Eric Toussaint et Arnaud Zacharie discutent les dettes extérieures.

Il est évident, de toute façon, qu'un débat en profondeur qui nous conduira au II FSM ne doit pas se limiter aux textes-base. Le portail www.portoalegre2002.org a été créé justement pour discuter les alternatives au néolibéralisme; pour cela nous avons réuni, tout au long de ces mois de travail, environ mille cinq cent textes sur les thèmes du Forum. À partir d'aujourd'hui, Outras Palavras va vous présenter cette bibliothèque. À chaque édition du bulletin, nous parlerons de chacun des sujets capitaux de la prochaine rencontre de Porto Alegre. Un résumé spécial vous montrera les plus importants aspects, ou les points plus polémiques, du texte-base. Et d'autres notes vont vous remettre aux textes qui sont disponibles sur le portail et dont la lecture, nous vous le rappelons, est décisive pour une compréhension en profondeur du sujet.

Contrôle des marchés financiers (Axe I, Table 3 du FSM) ouvre cette série. Nous vous souhaitons une bonne lecture, et une bonne semaine.

FSM: LE DÉFI DES ALTERNATIVES (1)
Ou l'humanité, ou la terreur financière

Le document présenté par ATTAC pour ouvrir ce débat autour du Thème I.3 du FSM propose un ensemble d'issues contre la dictature des finances. Les propositions supposent le droit d'intervention des États sur le flux de capitaux et une "réforme radicale" des institutions financières internationales.

Comment éviter que les marchés financiers internationaux et les institutions qui les dirigent — le FMI et la Banque Mondiale, en premier lieu — continuent à perpétrer des génocides? Comment désamorcer le piège des dettes publiques, qui tous les ans sont les responsables du transfert de centaines de milliards de dollars des pays et des classes sociales appauvries vers quelques banques, corporations et fonds mondiaux? Quelles sont les mesures qui empêcheront que cette masse énorme d'argent qui circule dans le monde soit employée pour faire du chantage aux États et à la société, pour les obliger à accepter les contre-réformes exigées par le grand capital, pour arracher des nations du Sud des intérêts obscènes et dans le but de promouvoir, quand cela leur convient, des "attaques spéculatifs" qui détruisent les monnaies? Serait-ce une folie que de rêver d'un système financier responsable de la promotion du développement, au lieu de celle de l'inégalité?

Choisi par les organisateurs du Forum Social Mondial comme thème pour l'ouverture du débat sur le Contrôle des capitaux financiers (Axe I, Table 3), de Porto Alegre 2002, le mouvement ATTAC a déjà présenté son document de propositions. Comme il fallait s'y attendre, le texte part d'une critique acide à l'ordre actuel, mais tire de ces prises de position des conséquences pour l'action. Elles s'appuient sur deux axes: 1. Proposition d'un ensemble de mesures pour rendre aux États nationaux le contrôle soit sur l'entrée et la sortie de capitaux soit sur les marchés financiers; 2. Proposition d'une "réforme radicale des institutions financières multilatérales".

Un dogme mis en échec : les capitaux sont-ils intouchables ?

Tout au long de la première axe, l'ATTAC se bat contre un des dogmes préférés des néolibéraux, dans leur croisade pour éviter que la société et les gouvernements (y-compris ceux de gauche...) questionnent la mondialisation colonisatrice. Les capitaux ne sont pas intouchables, suggère de façon claire le document. Il dresse, par la suite, l'ensemble de conséquences désastreuses souffertes par les pays qui craignent d'atteindre la "liberté" de l'argent : dépendance financière extérieure, survalorisation des monnaies, bulles de consommation et de crédit, crises de change. Il fait recours à la théorie: dans une référence à la dite "trilogie impossible de [Robert] Mundell [Prix Nobel d'Économie, 1999]", il rappelle "qu'il n'y a pas de pays capable en même temps de définir de façon autonome sa politique économique et de garantir la stabilité de sa monnaie dans une ambiance de mobilité complète des capitaux". Il affirme, sans demi-mots : "le contrôle des capitaux est un moyen de résoudre une telle contradiction.

Comment le mettre en place ? Avant tout autre chose, il ne faut pas avoir peur d'adopter des restrictions administratives pour l'entrée et la sortie de l'argent – comme l'on fait, par exemple, le Chili et la Malaisie, dans les années 90. En plus, la société unie, doit faire appel à son droit d'imposer une taxation des marchés financiers aussi bien pour freiner la spéculation que pour que la richesse soit redistribuée.

Trois taxes pour freiner la spéculation

En se penchant sur ce thème particulier, l'ATTAC produit ce que pour quelques-uns peut être surprenant. Le mouvement est connu pour être un partisan de la Taxe Tobin, il élargit et radicalise sa proposition dans le document envoyé au FSM. Maintenant il propose la création de trois taxes internationales sur les flux du capital.

La première, bien évidemment, est celle proposée dans les années 70 par M. James Tobin, Prix Nobel d'Économie, une taxation sur toutes les opérations de change de monnaies. Quand il soutient que le Forum de Porto Alegre doit s'approprier de cette proposition, l'ATTAC maintien toutes les contributions proposées il y a trois ans quand, lui-même a levé ce drapeau. Les fonds enlevés aux spéculateurs par la taxe doivent être transférés aux populations appauvries, par le biais d'un programme international contre la misère. Les taux doivent être variables pour toucher plus lourdement les opérations spéculatives et pour empêcher, dans les moments de crise, les fuites de capital. La taxe peut être adoptée dans une seule région économiquement importante du monde où les mouvements sociaux sont en éveil — par exemple, l'Europe, c'est ce que propose le document — pour donner un exemple international.

Puisque l'ATTAC s'intéresse à affirmer de façon nette la suprématie de la société sur les marchés, il suggère que deux autres taxes soient imposées. La première doit être une taxe sur ce qu'on appelle "investissement direct extérieur" (IDE), que les médias et certains économistes aiment qualifier comme étant "productifs". Le document nous fait voir que, tout au contraire de la légende, ces investissements aussi sont associés aux pratiques qui rongent la souveraineté des nations et les droits sociaux. Ils ne servent en faite que pour le simple achat d'entreprises dans le Tiers Monde (et jamais pour l'implantation de nouvelles activités). Ces investissements sont devenus l'outil employé par les transnationales pour le transfert d'une partie de leur production vers les pays où les salaires sont plus avilis et où les travailleurs ont moins de droits. Une taxe internationale sur l'IDE dans n'importe quelle partie de la planète pourrait freiner cette tendance, nous rappelle le texte. Les conséquences seraient plus sensibles si les taux frappaient durement l'argent envoyé dans des pays qui ne respectent pas les conquêtes sociales et, par opposition, dans les pays où il y a du respect pour le travail, ils stimulaient les investissements productifs. Une troisième taxe tacherait d'empêcher que les transnationales maquillent leur comptabilité, en réduisant de façon artificielle, les bénéfices obtenus dans les États qui font payer plus d'impôts sur le capital; en faisant un "transfert" fictif de gains dans des pays où il n'y a presque pas de taxation.

Supprimer les paradis fiscaux, en finir avec la socialisation des pertes

Le combat que nous propose ATTAC contre la "liberté" de l'argent n'est pas restreint, néanmoins, à l'implantation de taxes. Dans un chapitre spécial du document, avec sophistication technique, une série de mesures pour contrôler "des marchés et les agents financiers" est donnée. Deux d'entre elles sont plus importantes: l'élimination des paradis fiscaux (par une série d'étapes définies en détail) et la fin de toutes les "opérations de sauvetage" du Fond Monétaire International qui, sous prétexte d'éviter le moratoire des pays du Sud, ne servent en vérité que pour protéger les investisseurs étrangers.

Il s'agit d'un thème essentiel pour des pays tels le Mexique, la Corée du Sud, l'Indonésie, la Russie, le Brésil, la Turquie et l'Argentine. Tous ces pays ont envoyé tout au long des années 90 des dizaines de milliards de dollars aux investisseurs étrangers. Et par conséquent ils ont tous été des victimes à un moment ou à un autre de la décennie, de crises de change. Celles-ci ont été désamorcées grâce aux étranges opérations de "secours" du FMI: les pays "sauvés" ont reçu de très importants prêts, mais pas un seul centime n'est arrivé dans leurs Trésors. Tous les crédits ont été employés pour que le paiement des intérêts dus aux créanciers ne s'arrête pas. Pour "toucher" l'argent, toutes les nations qui ont reçu le bénéfice ont assumé le compromis d'accélérer et d'approfondir les contre-réformes néolibérales.

L'alternative proposée par ATTAC est simple: "obliger que les investisseurs privés mêmes paient les déficits provoqués par les crises" — une mesure qui "permettrait en plus de réduire le phénomène de 'risque moral' qui touche le comportement des créanciers".

"Réforme radicale" des institutions financières internationales

Le dernier chapitre de la proposition d'ATTAC défend la "réforme radicale des institutions financières internationales". La lecture du document nous laisse voir de façon claire qu'il s'agit de renverser le rôle que joue aujourd'hui soit le FMI soit la Banque Mondiale : le premier rôle que ces nouvelles institutions doivent tenir serait celui d' "organiser l'annulation internationale de la dette extérieure des pays les plus pauvres". Et en plus elles seraient les responsables de la gestion d'un "Fonds Mondial de Développement" et d'un "Fonds de Stabilisation des Changes et du Cours des Matières Premières".

Le texte ne cache rien : ces dernières transformations ne pourront être adoptées que dans une nouvelle conjoncture internationale, où il sera possible de commencer la "réforme des Nations Unies" elle-même. Mais encore, il convient quand même de les proposer dès maintenant : aucun mouvement ne sera capable de mobiliser l'énergie et l'intelligence de la société sans qu'il propose, en plus des actions susceptibles de freiner dès maintenant la furie du capital, la patiente construction de l'utopie.

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François Chesnais discute la "nouvelle économie"

Enivrés par ce qui leur semblait être une euphorie éternelle dans les marchés financiers, certains théoriciens ont même pu "diagnostiquer", il y a quelques mois encore, la naissance d'une "nouvelle économie". Connu comme l'un des critiques des plus radicaux — et en même temps des plus profonds — de la mondialisation capitaliste, François Chesnais dénonce ce que cette pensée cachée (en espagnol). M. Chesnais étudie toutes les turbulences dans les finances internationales depuis la crise mexicaine. Dans un autre texte, écrit pendant le moment le plus dramatique de la crise asiatique (1997), il essaie d'expliquer la relation entre crise financière et surproduction. (en français).

Trois propositions pour une nouvelle architecture financière

Remplacer le FMI et la Banque Mondiale par des institutions qui soient vraiment vouées à la distribution internationale de la richesse et du développement est l'un des thèmes qui passionnent de plus en plus toutes les forces qui luttent pour un monde nouveau. Porto Alegre 2002 accompagne chaque pas de ce débat. Pour le philippin Walden Bello, il ne s'agit pas de revenir au système de Bretton Woods et aux idées de lord Keynes — mais, au contraire, de "changer le modèle de développement". Pour y parvenir, dans le domaine des finances, il faudrait y inclure aussi des blocs régionaux créés à partir de la solidarité et non pas des marchés (en anglais). L'Australienne Nicola Bulard analyse la perte de légitimité du FMI et de la Banque Mondiale, à la suite des journées internationales de protestation. Elle propose, dans le but de saper le pouvoir de ces institutions, une stratégie fondée dans l'acte de rompre la dépendance extérieure du Sud, capable de promouvoir une redistribution et changer les rapports de force (en anglais).

Par le biais des taxes, abolir le sacro-saint mythe du marché

Peu de thèmes internationaux ont été aussi discutés que celui de la taxation des opérations financières. Les néo-libéraux la refusent, parce qu'ils entendent que si elle est adoptée, la société liquidera le mythe des marchés intouchables. Tous ceux qui refusent la prépondérance de l'argent étudient à fond le sujet. La discussion est revenu en décembre 1997, quand Ignacio Ramonet a repris, dans l'éditorial du Monde Diplomatique, l'idée de la Taxe Tobin. Ce texte est à la base de la création d'ATTAC (en portugais). Dans ce même journal, Howard Wachtel a proposé, peu de temps après, deux taxes pour mieux contrôler les monde des finances (en portugais), comme l'a proposé aussi Fabienne Dourson dans la revue Iniciativa Socialista (en espagnol). Christian de Brie approfondit encore ces propositions en dressant la liste des privilèges fiscaux dont se bénéficient ceux qui investissent en bourse (en français).

L'idée a pénétré les mouvements sociaux et gagné du terrain dans quelques Parlements et gouvernements nationaux, comme nous raconte Heikki Patomäki (en anglais). Mais, mais si elle n'est appliquée que d'une façon restreinte dans un pays ou par un bloc économique, la taxe peut apporter des résultats, comme nous explique Bruno Jetin (en français).

Frapper les inatteignables paradis fiscaux

Le blanchiment d'argent n'est pas une déviation de la corruption à l'intérieur du système financier mondial, il est "un système cohérent, intimement lié à l'expansion du capitalisme moderne", comme l'affirme Christian de Brie (en portugais et en français). Même le centre planétaire de l'économie, les EUA, ont besoin des plus de U$ 250 milliards, en argent sale, qu'ils reçoivent tous les ans pour couvrir leur déficit commercial, comme nous informe l'économiste américain James Petras (en espagnol). Tous ces rapports — entre illégalité, bourses et paradis fiscaux — ont fini par être démasqués par l'Empire même, qui a indiqué le marché financier comme étant la source financière du terrorisme, comme nous disent Antonio González (en espagnol) et Jean-François Couvrat (en français).



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Référence : Outra Palavras (D'Autre Mots) - n°18 - Lundi, 3 décembre 2001
Reproduit par Cyberhumanisme avec l'accord du site.


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