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Rebelles ou casseurs ? Anti ou alter-mondialistes
? Gauchistes attardés ou réactionnaires postmodernes
? Les étiquettes ont la vie dure. Il s'agit dès
lors de bien les soupeser avant de les consacrer. A la veille
du deuxième Forum social mondial de Porto Alegre, cette
rapide radiographie se propose d'y aider. Tentons donc, au-delà
des caricatures, d'appréhender cette nouvelle génération
de militants, ces manifestants de tous les sommets par ce qu'ils
sont, par ce qu'ils font, par ce qu'ils dénoncent et par
ce qu'ils proposent.
Qui sont-ils ? Qui peuplent les contre-mobilisations hautes
en couleur des grands rendez-vous européens, des réunions
de l'OMC ou autres G8 ? Sans prétendre à une complète
homogénéité du mouvement, quelques traits
récurrents chez bon nombre d'activistes « pour une
autre mondialisation » peuvent toutefois être relevés.
Majoritairement jeunes, souvent bien nés, plutôt
européens ou nord-américains et instruits au-delà
de la moyenne, ceux que l'on a appelés le peuple de Seattle
ou de Gênes ont des atouts pour se faire entendre. S'il
n'invalide pas le mouvement, ce profil plutôt privilégié
ne constitue apparemment pas non plus un obstacle à son
articulation à un faisceau de luttes sociales et culturelles
à l'ancrage plus populaire. Le Forum social mondial de
Porto Alegre s'affirme ainsi comme la manifestation la plus visible
de cette convergence entre ONG et mouvements sociaux du Nord et
du Sud, entre syndicats et organisations indigènes, entre
féministes et écologistes
Neuf, le mouvement
assume ses filiations historiques sans s'y réduire. Ses
identités multiples, plus qu'elles ne le dispersent, lui
confèrent son originalité actuelle, fragile certes,
mais ouverte et radicale. Questionné hier sur sa représentativité
et sa légitimité par les politiques traditionnels,
il est aujourd'hui l'objet de bien des tentatives de récupération.
Que font-ils ? Massif un jour, évanescent
le lendemain, le mouvement privilégie visiblement des formes
d'action à géométrie variable, en phase avec
l'accélération des communications et des échanges,
avec les outils de la société informationnelle.
Mobile, souple, émancipé des chapelles habituelles,
le peuple de Porto Alegre renouvelle les modes d'expression et
d'adhésion à l'action collective conflictuelle.
Fonctionnement en réseaux, happenings symboliques et créatifs,
militantisme d'influence, mobilisations démonstratives
ce « mouvement de mouvements » détonne, séduit
et irrite. Majoritairement pacifiste, il pâtit autant qu'il
bénéficie - médiatiquement s'entend - des
débordements violents d'une minorité. A en croire
les sondages, l'écho des contestataires auprès d'opinions
publiques en quête de repères reste toutefois largement
favorable.
Que dénoncent-ils ? De Seattle
à Laeken, les calicots des manifestants - « people
not profit », « le monde n'est pas une marchandise
» - ne laissent planer aucun doute sur ce qui est visé
: la mondialisation néolibérale, la corporate globalisation.
Ce n'est donc pas le rapprochement entre les peuples et les cultures,
dont les altermondialistes sont sans doute les premiers protagonistes,
qui est en cause, mais plutôt l'intégration des nations
et des économies selon des règles profitant d'abord
à une élite globalisée. Dualisation sociale
croissante entre pays et au sein de ceux-ci, dégradation
accélérée de l'environnement, imposition
uniforme d'une culture de la concurrence (« the winner takes
all society »), hégémonisme des Etats-Unis,
marchandisation des rapports sociaux
tant les effets que
la logique du système sont dénoncés, en bloc
ou en partie. Les motifs de refus se multiplient et convergent
sans se confondre : pillage des économies du Sud, privatisation
des services publics (santé, éducation, eau
),
course effrénée à la productivité,
spéculation financière, démantèlement
des systèmes de sécurité sociale, brevetage
du vivant
En cause bien sûr, les multinationales,
les institutions internationales qui promeuvent ou imposent ces
politiques et les gouvernants qui les appliquent.
Que proposent-ils ? Si la diversité
des causes et des identités n'entrave pas la confluence
des luttes contre un ennemi commun - l'union dans l'adversité
-, l'unité des points de vue s'affaiblit lorsqu'il s'agit
de formuler des politiques de rechange. Les divergences sont indéniables
et les solutions clés en mains bannies. Des valeurs cardinales
fédèrent toutefois l'ensemble des altermondialistes,
à commencer par la conviction qu'une autre mondialisation
est possible, centrée sur l'homme, respectueuse des cultures
et de l'environnement, basée sur la coopération,
la justice sociale et la solidarité. Le Forum social mondial
constitue aujourd'hui l'espace public de référence,
le lieu d'échange par excellence, où la traduction
de ces valeurs communes en projets et en propositions concrètes
est en gestation. Les grandes tendances de la première
édition du Forum sont connues : annulation de la dette
du tiers-monde, réforme radicale des institutions internationales,
taxation des transactions financières, promotion du commerce
équitable, de l'économie solidaire, de la démocratie
participative
Gageons que ce deuxième rendez-vous
de Porto Alegre, fort de quelque 50 000 participants originaires
de 110 pays, se donnera les moyens d'entrer plus à fond
dans l'élaboration d'alternatives à l'actuelle mondialisation.
Pour que le leitmotiv fédérateur « Un autre
monde est possible » ne devienne pas un refrain éthéré
ou, lui aussi, marchandisé.
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Bernard Duterme et François Polet, Sociologues,
chercheurs au Centre Tricontinental (Louvain-la-Neuve), membre
du Conseil international du Forum social mondial de Porto Alegre
Source : Ciranda-
Farandole Internationale de l'Information Indépendante
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