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I LE MONDE DES MARCHANDISES
OU CELUI DES DROITS?
L'Empire contre-attaque à Doha
Effarouchés par la crise économique,
les EUA et les grandes transnationales ont réussi à
ratifier lors de la rencontre de l'OMC, au Qatar, des résolutions
qui peuvent radicaliser la mondialisation néolibérale.
Outras Palavras va essayer d'expliquer, à partir d'aujourd'hui,
comment cela a été possible et comment nous
devons faire face à cette menace. Lisez-le à
la fin de ce bulletin.
Les mouvements unifient leurs stratégies
contre la ZLEA
Réunis pendant quatre jours à La
Havane, les mouvements sociaux les plus importants de l'Amérique
Latine ont décidé, ensemble, les prochaines initiatives
à prendre contre la Zone de Libre-Échange des Amériques
(ALCA en anglais). La déclaration finale, "Construyamos
Americas solidarias" (Construisons des Amériques
Solidaires), définit un plan d'action précis,
élaboré par le MST (Mouvement des Sans
Terre), par des intellectuels, par les Avós da Praça
de Maio (les Grand-mères de la Place de Mai),
et par les plus importantes centrales syndicales et organisations
d'étudiants du continent.
Des groupes de travail ont été
créés pour proposer des formes solidaires d'intégration,
à partir des expériences locales d'insertion économique
et de démocratie directe. Des brigades ont été
formées pour "alphabétiser" les militants contre
la ZLEA. On a aussi décidé de faire un plébiscite
pour que les peuples du continent puissent dirent s'ils veulent
ou non la zone de libre-échange. (en
espagnol)
La liberté de connaître vs
la liberté de commerce
Une rencontre entre des groupes de paysans, des
ONGs et des chercheurs du Bangladesh, du Cambodge, de l'Inde,
de l'Indonésie, du Japon, des Philippines, de Suède,
du Brésil, de l'Australie et de la Thaïlande
a discuté au début de ce mois-ci les menaces que
la biodiversité a subi. La rencontre a eu lieu dans la
ville thaïlandaise de Banna, elle a fixé les axes
de l'action à entreprendre dans le but d'approfondir les
connaissances des communautés paysannes, ce qui reste encore
le meilleur antidote à la liberté oppressive des
'breveteurs' de la vie, dans l'opinion de ceux qui ont participé
à la rencontre. (en
anglais)
II LA NATURE DANS UN
CATALOGUE DE VENTES
Le Cheval de Troie de l'agriculture
Le terme au-dessus de tout soupçon et
même fort sympathique de 'aide alimentaire' cache une arme
employée par les États-Unis pour déverser
des aliments transgéniques dans les pays du Sud de la planète.
C'est ce que dénonce la Rede por uma América
Latina Livre de Transgênicos (Réseau pour
une Amérique Latine Libre de Transgéniques).
Selon un rapport publié à la mi-octobre,
le mécanisme, apparemment bénéfique pour
les pays du Sud, est une sorte de Cheval de Troie de l'agriculture.
L' "aide" consiste à accorder des financements à
longue échéance aux pays en voie de développement
pour acheter des aliments américain, modifiés génétiquement.
Les manuvres politiques et économiques
commencent avant même l'arrivée de la nourriture.
D'après le texte, ce sont deux les conditions pour que
les candidats aient droit "à l'aide" : qu'ils réduisent
les importations de produits similaires aux proposés et
qu'ils acceptent que la cargaison soit transportée par
des bateaux des USA.
La subtilité américaine quand il
s'agit de modeler la géopolitique planétaire n'a
pas de bornes. Selon le document publié, le choix des pays
candidats au programme répond à deux facteurs. Ceux
qui viennent de connaître des catastrophes naturelles et
ceux qui traversent des turbulences politiques. Comme ils correspondaient
à ce dernier critère, les pays de l'Est de l'Europe
ont été les cibles les plus importantes de cette
"aide alimentaire" dans les années 90. La raison? "Aider
la transition vers l'économie de marché", nous
rappelle le texte.
Mais avec la résistance croissante du
consommateur du premier-monde aux transgéniques, des programmes
comme celui-ci deviennent un canal ad hoc pour leur donner flux.
Non seulement c'est une atteinte à la souveraineté
alimentaire des pays concernés par le processus, mais encore,
le document nous le signale, il y a les deux autres résultats
désastreux du programme: la diminution de la production
agricoles du marché interne, ce qui rend l' 'aidé'
otage des importations; cela protège le marché interne
américain, qui le travestit comme un subside dissimulé.
(en
espagnol)
Ce sont les OGMs qui vont définir leurs
propres limites?
Les nations vont établir les lois sur
les OGMs, pour pouvoir les contrôler; ou ce sont les lois
qui vont s'adapter à un monde où il n'y aura que
des aliments génétiquement modifiés? L'activiste
et écrivain canadienne Naomi Klein soulève
cette question au nom des mouvements qui se battent pour la sécurité
alimentaire.
À partir d'exemples concrets, Mme. Klein
suggère que la tactique des corporations qui détiennent
les brevets des aliments est de disséminer complètement
toutes leurs espèces, rendant impossible la consommation
de produits organiques. L'activiste parle de certains cas comme
celui du maïs StarLink, approuvé par les EUA
pour servir de pâture animale, mais considéré
"pas conforme pour la nourriture des hommes".
On a pu démontrer que ses graines étaient
en train de contaminer les plantations conventionnelles. La question
lui étant posée, Aventis, l'entreprise qui
a le brevet, a proposé la chose suivante: s'il n'est pas
possible de séparer le StarLink des produits organiques,
alors pourquoi ne pas le libérer pour la nourriture humaine?
(en
espagnol)
OMC - SPÉCIAL (I)
L'Empire contre-attaque à
Doha
Effarouchés par la crise économique,
les EUA et les grandes transnationales ont réussi à
ratifier lors de la rencontre de l'OMC, au Qatar, des résolutions
qui peuvent radicaliser la mondialisation néolibérale.
Il faut comprendre comment cela a été possible,
et comment nous devons faire face à cette menace
C'était comme si dans un match de foot
un but illégal était marqué par l'équipe
de l'ennemi, pendant la prolongation où l'arbitre, les
propriétaires du stade, les sponsors et la police ont pendant
tout le temps agi contre nous, mais pourtant nous nous sommes
battus jusqu'à l'avant-dernière minute. Dans l'après-midi
du 14 novembre, à Doha (Qatar), vingt-quatre heures exactement
après l'heure prévue au départ par l'Organisation
Mondiale du Commerce (OMC), celle-ci a clôturé sa
quatrième Réunion Ministérielle. Au contraire
de ce qui s'est passé à Seattle, il y a un peu moins
de deux ans, la Maison Blanche, les représentants des grandes
transnationales et les gouvernements qui s'orientent par la logique
des marchés avaient un grand sourire aux lèvres.
L'OMC est autorisée à commencer un vaste round de
négociations commerciales entre ses 142 membres.
L'ordre du jour des travaux indique de façon
nette la radicalisation d'un certain type de mondialisation, celui
qui concentre d'une façon chaque fois plus dramatique le
pouvoir, la richesse, l'accès aux connaissances. Exactement
comme nous l'avions écrit ici dans Outras Palavras,
le poids des États-Unis a été décisif
pour arracher au forceps un tel résultat. Les autorités
brésiliennes on joué un rôle vraiment peu
édifiant. Soutenues tout le temps par les médias,
elles ont rompu le bloc des pays du Sud qui tentait d'empêcher
la tournée; et en même temps, elles ont tout fait
pour transformer un échec évident en victoire tonitruante.
Néanmoins, le triomphe de l'Empire n'est pas du tout définitif.
Le mouvement international contre le néolibéralisme
montre qu'il va réagir. En plus de tout cela, les concessions
faites par les grands seigneurs pour garantir que le dénouement
soit favorable à Doha peuvent créer de sérieux
problèmes dans plusieurs pays. Si les forces qui luttent
pour un monde nouveau sont capables de mieux s'harmoniser, les
prochains combats peuvent connaître un autre dénouement.
Plus que jamais, lutter pour que les choses prennent un autre
cap sera une aventure bouleversante.
Une manipulation grossière...
Intéressée dans le fait que la
réunion du Qatar soit comprise telle qu'elle est
celle d'une réaction des élites mondiales à
l'importance que prend le mouvement contre la mondialisation capitaliste
- , la majorité des médias a essayé de présenter
la résolution finale de la rencontre comme une victoire
des pays pauvres, et même comme si elle était une
autocritique pratique des positions précédentes
de l'Organisation Mondiale du Commerce. Dans certains pays comme
le Brésil, ce tour de force a frôlé le grotesque.
Des journalistes présents à Doha se sont donnés
du mal pour inverser le sens de ce qui a été
approuvé. Ils ont transformé la victoire partielle
des pays du Sud dans leur lutte contre les brevets pharmaceutiques
de médicaments (un fait incontestable, mais secondaire
comme nous le verrons par la suite) dans "grande décision"
de l'OMC. Ils ont agi soit dû à une ignorance inaccoutumée,
ou par le désir alors beaucoup moins exceptionnel de faire
plaisir au Palácio do Planalto (NdT-siège du
gouvernement du Brésil) et au nom d'une candidature
présidentielle bien précise...
... et un agenda qui ne sert qu'aux patrons
de la richesse
Pour démontrer combien sont fausses ces
analyses, il vous suffit de lire la déclaration
finale qui a été approuvée. Les
52 paragraphes sont truffés de louanges à l'ouverture
commerciale qui a marqué le néolibéralisme
et l'OMC même, qui auraient "contribué de façon
significative à la croissance économique, au développement
et à la multiplication de l'emploi ces dernières
quinze années"... Les résolutions essentielles
approuvées sont en syntonie avec cette pensée. Parfaitement
résumées dans un document
d'analyse de l'ATTAC France, elles répondent
absolument aux revendications formulées par les grands
lobbies des transnationales intéressés à
"libéraliser" le commerce coûte que coûte:
>> 1. Jusqu'au 31 janvier
2002 toute une série de négociations seront entamées
dans le but d'ouvrir, dans tous les pays-membres de l'OMC, le
secteur de services à la concurrence internationale. Ce
pas était exigé par les grands groupes mondiaux
intéressés dans la privatisation et/ou la dénationalisation
des activités telles que l'Enseignement, la Santé,
la Sécurité Sociale, l'Eau, l'Assainissement, l'Énergie,
les Institutions Financières, les Assurances, le Tourisme,
la Construction Civile, l'Aide Judiciaire, activités qui
jusqu'à présent sont réglementées
par des lois nationales qui protègent les entreprises et
les professionnels de leurs pays.
>> 2. À partir du
31 mars 2003, va commencer une "ouverture" des marchés
agricoles bâtie en bénéfice des multinationales
des agro-affaires et de la biotechnologie et non des paysans
des pays pauvres. Si on y parvient, les droits sociaux acquis
par les agriculteurs des pays riches seront atteints et les marchés
seront ouverts aux aliments produits massivement (sans aucun respect
pour l'environnement et les cultures régionales; sans presque
employer de la main-d'uvre ou faisant recours au travail
précaire) dans des vastes propriétés. Les
principes de la multifonctionnalité de la terre et de la
souveraineté alimentaire ont été rejetées,
des principes qui étaient défendus par des organisations
telles le MST au Brésil, la Confédération
Paysanne en France et la Via Campesina.
>> 3. Quant au développement
industriel, la réunion a refusé la revendication
de l'Inde et de six pays d'Afrique, qui demandaient une sorte
d'expertise des résultats de l'ouverture commerciale engagée
à travers la réduction des taux d'importation. Les
sept nations avaient l'intention de démontrer que ce mouvement
est en train d'obliger le Sud à démanteler sa production,
ou encore, de se tourner de plus en plus vers une production de
biens chaque fois moins élaborés, puisque les pays
du Sud n'ont pas les moyens de concurrencer avec les biens sophistiqués
produits dans les pays riches et dans des conditions beaucoup
plus avantageuses.
>> 4. L'OMC pourra entamer
des négociations pour faire approuver un accord de protection
des investisseurs. La décision ressuscite le fantôme
de l'ancien Accord Multilatéral d'Investissements (AMI),
qui cherchait à subordonner les décisions des sociétés
et des États aux intérêts des grandes corporations.
Pas ratifié en 1998, cet accord établissait par
exemple, le droit des entreprises d'exiger des indemnités
des États, toutes les fois que des lois promulgués
dans le sens d'élargir les droits sociaux, ou la défense
des droits des consommateurs ou la protection de l'environnement
pouvaient réduire leurs marges de bénéfices.
>>5. Aucune mesure n'a été
prise pour revoir les mécanismes créés par
l'OMC pour le règlement des différends entre les
pays-membres. Les décisions sont considérées
antidémocratiques, pas transparentes (la plus grande partie
des jugements sont secrets) et donnent toujours raison au Nord.
Pour que tout un ensemble aussi vaste de résolutions
qui favorisent les déjà favorisés soit approuvés,
la réunion ministérielle a fait des humbles concessions
aux pays du Sud. Nous y reviendrons dans notre prochaine édition.
Outras Palavras (D´Autres Mots) est
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Référence : Outra
Palavras (D'Autre Mots) - n°18 - Lundi, 26 novembre 2001
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