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Tous les mouvements américains de résistance
lancent un cri pour prévenir le monde contre les risques
de la guerre que veut Washington
Le vétéran journaliste américain
du Washington Post, Colman McCarthy, même après
avoir signé pendant 32 ans des articles dans le journal,
sest fait renvoyer en 1997. Son insistance pour défendre
la paix, son obstination à dénoncer un pays de plus
en plus envenimé par lambition de contrôler
politiquement, économiquement, culturellement et militairement
le monde, étaient devenues une provocation inacceptable.
Les patrons se sont justifiés en disant quils navaient
plus de lecteurs. "Le marché a parlé plus fort",
ont-ils dit pour justifier son licenciement. Le journaliste au
chômage se consacre depuis ce jour à examiner le
comportement des médias et à enseigner la paix et
la non-violence dans les quelques universités et lycées
qui ouvrent encore leurs portes pour ce genre denseignement,
tenu pour une bonne majorité pour étrange et peu
utile. Au début de cette semaine, dans un entretien accordé
à Common Dreams, une publication alternative, on
lui a posé des questions sur les résultats de sondages
publiés, selon lesquels neuf américains sur dix
sont pour une guerre contre les individus ou les nations responsables
des attaques de New York et Washington. "Dans le tourbillon des
émotions, cest une réaction tout à
fait normale", a-t-il répondu. Et il a continué
et a posé cette question : "Mais est-ce quelle serait
saine, ou encore rationnelle?" Le journaliste de Common Drems
insiste :
Et comment devrions-nous répondre?
En disant: "Nous vous pardonnons. S´il
vous plaît, pardonnez-nous".
Nous pardonner, mais pour quelle raison?
Parce que nous avons le gouvernement le
plus violent de la Terre...
Il faut dénoncer la guerre, de lintérieur
du ventre du monstre
Il existe un paradoxe dans la réaction
de la société américaine vis-à-vis
de la violence quils ont subi le 11 septembre. La majorité
de la population semble aveuglée par le sentiment de vengeance,
par lillusion quune réponse violente peut apporter,
par le désir de retrouver un sentiment de sécurité
par le biais dune action qui, tout en punissant les terroristes,
redonnera au pouvoir impérial la suprématie absolue.
La grande nouveauté cest que cest des Etats-Unis
même que nous viennent les alertes les plus percutantes
sur le vrai sens de la nouvelle guerre voulue par M. George W.
Bush. Leurs auteurs des journalistes et des chercheurs
indépendants se battent depuis des années
contre l'establishment de leur pays. Ils connaissent sa
force, ses méthodes, ses plans. Pour cette raison ils ne
mesurent pas leurs mots.
Ils nous préviennent que la "croisade"
entreprise par la Maison Blanche, sous prétexte de combattre
la terreur, conduira, si elle nest pas tout de suite stoppée,
a un monde beaucoup moins libre, moins égalitaire et démocratique.
Ces Américains veulent arrêter la machine de la guerre.
Ils sont les États-Unis dAmérique qui veulent
combattre la barbarie, de lintérieur du ventre de
la bête.
De laction politique maintenant, "avant
que la réalité ne devienne trouble"
Il est possible de connaître un bon échantillon
de cet effort de résistance dans notre portail www.portoalegre2002.net
. Plus de 50 textes, choisis par la rédaction du portail,
composent déjà les fonds du dossier O
Império procura um inimigo (L´empire cherche un
ennemi); ce dossier a été créé
exprès pour dénoncer la guerre et pour nourrir
les mouvements qui veulent léviter. Ça vaut
vraiment le coup lire, par exemple, September
11, de Michael Albert et Stephen Shalon, de la revue
Z-Mag. Une semaine après les attentats, ils ont publié
un texte brillant, clairement destiné à lintervention
politique. Les auteurs ont hâte. "Il y en a qui pensent
que cest impropre et trop tôt pour conclure quoi que
ce soit, mais lanalyse politique doit être faite maintenant,
avant même que des faits nouveaux rendent la situation encore
pire", disent-ils. Et ils se lancent dans un effort émouvant
de dialogue avec la société américaine. Le
point de départ est évidemment la condamnation des
attaques : "En plus de limmoralité qui existe dans
le fait de toucher de civils comme un moyen de promouvoir des
changements politiques, lefficacité de cette sorte
daction est toujours douteuse. Ce serait un point de vue
très pauvre des Etats-Unis que de penser que les attentats
pourraient faire voir subitement aux gouvernants des Etats-Unis
linjustice de leurs politiques", écrivent-ils. Ensuite
ils démontrent qu´il nexiste aucune légitimité
dans une guerre de revanche. Pour le faire, d´abord ils démontent
la tentative répétée exhaustivement
par la grande majorité des médias traditionnels
partout dans le monde dassocier les Etats-Unis au
"bien", pour justifier une croisade contre le "mal".
Les défenseurs de la liberté ou
de loppression ?
"George W. Bush a affirmé que les Etats-Unis
ont été atteints dû au fait quils se
sont toujours dévoués à la liberté
et à la démocratie, et par des gens envieux de notre
richesse", nous le rappellent Albert et Shalon. Ils répondent
: "La vérité est que lanti-américanisme
sappuie sur le sentiment que les Etats-Unis obstruent aussi
bien la liberté et la démocratie que le bien-être
matériel des autres". Et ils nous expliquent : "Au Moyen-Orient,
par exemple, les États-Unis offrent à Israël
le soutien militaire, économique et diplomatique pour loppression
contre les Palestiniens. Ils soutiennent des régimes autoritaires
(comme celui dArabie Saoudite), qui garantissent aux entreprises
américaines des bénéfices avec le pétrole
de la taille dun mastodonte (...) Et puis quand des actes
terroristes sont commis par les amis des Etats-Unis , tels les
massacres de Sabra et Chatila, engendrés par Israël,
aucune sanction nest adoptée. Mais les sanctions
comme celles imposées à lIraq, qui provoquent
la mort de centaines de milliers denfants innocents, celles-là
sont tenues pour "valable "".
Mais : "Les États-Unis sont le principal
pouvoir du monde. Ils développent un système économique
mondial dune inégalité énorme et qui
engendre une misère incroyable. Ils démontrent leur
arrogance quand ils rejettent et stoppent le consensus international
sur des thèmes qui vont de la protection de lenvironnement
aux droits des enfants, aux mines terrestres, à une Cour
Pénale Internationale et à la militarisation de
lespace".
Au milieu de la douleur, il faut arrêter
la machine de guerre
Un peu plus loin, Albert et Shalon mettent le
doigt sur la plaie. Écrit sous la forme de questions et
réponses, leur texte pose la question : "Il nest
pas cruel de parler des crimes des États-Unis à
l´instant même où nous veillons nos morts ?".
Et ce sont eux-mêmes qui répondent : "Il le serait
si nous-mêmes nétions pas terrorisés
par ce qui sest passé". Mais, et surtout, "si les
Etats-Unis nétaient pas en train de parler ouvertement
de promouvoir une guerre contre des pays tout entiers, de descendre
des gouvernements, de promouvoir des attaques massives, sans la
moindre inquiétude de séparer les terroristes de
la population civile".
Nous nexagérons rien. Les auteurs
nous rappellent que la résolution votée par le Congrès
de leur pays autorise M. Bush à "employer toutes la force
nécessaire" contre un très large éventail
de cibles : "des nations, des organisations ou de personnes quil
[Bush] détermine comme ayant conçu, autorisé,
commis ou aidé dans les attaques terroristes, ou avoir
abrité telles organisations ou personnes". Dans un autre
texte, un autre journaliste américain indépendant
nous rappelle que linjustice inscrite dans le texte permettrait,
par exemple, de bombarder New York, où vivent des gens
Henry Kissinger, par exemple accusés, des
preuves à lappui, davoir autorisé des
actions internationales de terreur ...
Sous la cible, les nations qui déplaisent
aux EUA...
Albert et Shalon examinent les conséquences
dune telle résolution dans le monde. Ils rappellent
que la liste des "États-terroristes" élaborée
par le Département dÉtat des États-Unis
comprend lIran, lIraq, la Syrie, la Libye, Cuba, la
Corée du Nord et le Soudan. Ils rappellent, par exemple,
que "Cuba est inclue, on soupçonne, moins à cause
dune connexion réelle quelconque avec le terrorisme
quà cause dune hostilité durable des
Etats-Unis envers le gouvernement cubain et dû à
un long souvenir des attentats terroristes américains contre
le pays". Et ils réagissent : "Si nous parlons du type
de terrorisme représenté par des bombardements et
invasion militaires, embargo de médicaments et daliments,
dattaques à des buts tels que des cliniques de santé
et des coopératives agricoles au Nicaragua, le financement
et lentraînement descadrons de la mort, alors
nous aurons une liste bien différente des nations coupables
y-compris celles qui se disent opposantes à la terreur,
comme les États-Unis, le Royaume-Uni, la Russie et Israël".
...et les mouvements qui dérangent
lélite de lEmpire
Le texte va plus loin. Profonds connaisseurs
de la politique américaine, les auteurs rappellent que
"depuis la fin de la Guerre Froide, les États-Unis ont
un problème : comment mener la société à
soutenir des politiques qui ne lui apportent pas de bénéfices,
mais qui servent aux intérêts de lélite".
Derrière la convocation de Bush, les auteurs montrent quil
y a vraiment lintérêt de l'establishment
à remplacer la Guerre Froide par la Guerre Anti-Terreur.
(...) Ils auront de nouveau un ennemi quils pourront culpabiliser
de nimporte quoi, en essayant en même temps de calomnier
les dissidents, en les accusant de parcourir un chemin qui mène
inévitablement aux horreurs du terrorisme".
Albert et Shalon signalent que les partisans
de la guerre disent tout le temps qu" elle sera
longue, difficile, contre un ennemi implacable, énorme
et qui a même le don de lubiquité". Cest
assez simple de comprendre leur objectif : "ils vont déclarer
que nous devons braquer nos énergies sur cette cause, que
nous devons sacrifier la nourriture au profit des armes, la liberté
au nom de la sécurité, que nous devons nous soumettre
au commandement de la droite et oublier toutes les luttes pour
les droits. Leur réponse préférée
sera celle demployer le pouvoir militaire, tout particulièrement
contre les nations plus faibles, peut-être même occuper
lune dentre elles, et agir par tous les moyens disponibles
qui ne réduiront absolument pas la menace de terreur, mais
qui vont provoquer des conflits dans lesquels le pouvoir aura
des intérêts".
Un défi que la gauche doit envisager
À la fin de leur texte, Albert et Shalon
soccupent des défis que la gauche des Etats-Unis
certainement envisagera, vu la force que les attentats vont donner
à Bush. Comme toute la conjoncture internationale a changé
depuis le 11 septembre, il est possible que leurs observations
soient valables en dautres endroits. Et cest encourageant
de savoir queux aussi proposent, comme solution une disposition
encore plus grande de dialoguer aves les sociétés,
de conquérir curs et esprits. "Ce seront des temps
difficiles. Lisolement ne nous servira pas. Mais les changements
dépendent de la résistance organisée qui
éveille la conscience et le compromis (...) Il ne suffit
pas que la gauche adopte des positions correctes ou quelle
soit combative. Il faut aussi quelle soit énorme"...
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Référence : Outra
Palavras (D'Autre Mots) - , lundi, le
8 octobre 2001 - nº 04 - bulletin en ligne du portail Porto
Alegre 2002.
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