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La bataille de Doha commence avec de l'autoritarisme et des protestations

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[PORTO ALEGRE 2002 - FSM II]

Ces États-Unis qui sont contre la barbarie

La machine de guerre avance. Les critiques sur la guerre aussi : Partout dans le monde se répand l’idée que le vrai sens de la mobilisation militaire orchestrée par la Maison Blanche est d’élargir le pouvoir de l’Empire et de faire taire les dissidences. Mais la grande surprise vient du fait que ce sont les Américains eux-mêmes qui le dénoncent de la façon la plus lucide et la plus courageuse. Octobre 2001

 

 

Outra Palavras (D'Autre Mots), lundi, le 8 octobre 2001 - nº 04 - bulletin en ligne du portail Porto Alegre 2002.

 

Tous les mouvements américains de résistance lancent un cri pour prévenir le monde contre les risques de la guerre que veut Washington

 

Le vétéran journaliste américain du Washington Post, Colman McCarthy, même après avoir signé pendant 32 ans des articles dans le journal, s’est fait renvoyer en 1997. Son insistance pour défendre la paix, son obstination à dénoncer un pays de plus en plus envenimé par l’ambition de contrôler politiquement, économiquement, culturellement et militairement le monde, étaient devenues une provocation inacceptable. Les patrons se sont justifiés en disant qu’ils n’avaient plus de lecteurs. "Le marché a parlé plus fort", ont-ils dit pour justifier son licenciement. Le journaliste au chômage se consacre depuis ce jour à examiner le comportement des médias et à enseigner la paix et la non-violence dans les quelques universités et lycées qui ouvrent encore leurs portes pour ce genre d’enseignement, tenu pour une bonne majorité pour étrange et peu utile. Au début de cette semaine, dans un entretien accordé à Common Dreams, une publication alternative, on lui a posé des questions sur les résultats de sondages publiés, selon lesquels neuf américains sur dix sont pour une guerre contre les individus ou les nations responsables des attaques de New York et Washington. "Dans le tourbillon des émotions, c’est une réaction tout à fait normale", a-t-il répondu. Et il a continué et a posé cette question : "Mais est-ce qu’elle serait saine, ou encore rationnelle?" Le journaliste de Common Drems insiste :

— Et comment devrions-nous répondre?

— En disant: "Nous vous pardonnons. S´il vous plaît, pardonnez-nous".

— Nous pardonner, mais pour quelle raison?

— Parce que nous avons le gouvernement le plus violent de la Terre...

 

Il faut dénoncer la guerre, de l’intérieur du ventre du monstre

 

Il existe un paradoxe dans la réaction de la société américaine vis-à-vis de la violence qu’ils ont subi le 11 septembre. La majorité de la population semble aveuglée par le sentiment de vengeance, par l’illusion qu’une réponse violente peut apporter, par le désir de retrouver un sentiment de sécurité par le biais d’une action qui, tout en punissant les terroristes, redonnera au pouvoir impérial la suprématie absolue. La grande nouveauté c’est que c’est des Etats-Unis même que nous viennent les alertes les plus percutantes sur le vrai sens de la nouvelle guerre voulue par M. George W. Bush. Leurs auteurs — des journalistes et des chercheurs indépendants — se battent depuis des années contre l'establishment de leur pays. Ils connaissent sa force, ses méthodes, ses plans. Pour cette raison ils ne mesurent pas leurs mots.

Ils nous préviennent que la "croisade" entreprise par la Maison Blanche, sous prétexte de combattre la terreur, conduira, si elle n’est pas tout de suite stoppée, a un monde beaucoup moins libre, moins égalitaire et démocratique. Ces Américains veulent arrêter la machine de la guerre. Ils sont les États-Unis d’Amérique qui veulent combattre la barbarie, de l’intérieur du ventre de la bête.

De l’action politique maintenant, "avant que la réalité ne devienne trouble"

Il est possible de connaître un bon échantillon de cet effort de résistance dans notre portail www.portoalegre2002.net . Plus de 50 textes, choisis par la rédaction du portail, composent déjà les fonds du dossier O Império procura um inimigo (L´empire cherche un ennemi); ce dossier a été créé exprès pour dénoncer la guerre — et pour nourrir les mouvements qui veulent l’éviter. Ça vaut vraiment le coup lire, par exemple, September 11, de Michael Albert et Stephen Shalon, de la revue Z-Mag. Une semaine après les attentats, ils ont publié un texte brillant, clairement destiné à l’intervention politique. Les auteurs ont hâte. "Il y en a qui pensent que c’est impropre et trop tôt pour conclure quoi que ce soit, mais l’analyse politique doit être faite maintenant, avant même que des faits nouveaux rendent la situation encore pire", disent-ils. Et ils se lancent dans un effort émouvant de dialogue avec la société américaine. Le point de départ est évidemment la condamnation des attaques : "En plus de l‘immoralité qui existe dans le fait de toucher de civils comme un moyen de promouvoir des changements politiques, l’efficacité de cette sorte d’action est toujours douteuse. Ce serait un point de vue très pauvre des Etats-Unis que de penser que les attentats pourraient faire voir subitement aux gouvernants des Etats-Unis l’injustice de leurs politiques", écrivent-ils. Ensuite ils démontrent qu´il n’existe aucune légitimité dans une guerre de revanche. Pour le faire, d´abord ils démontent la tentative – répétée exhaustivement par la grande majorité des médias traditionnels partout dans le monde — d’associer les Etats-Unis au "bien", pour justifier une croisade contre le "mal".

Les défenseurs de la liberté ou de l’oppression ?

"George W. Bush a affirmé que les Etats-Unis ont été atteints dû au fait qu’ils se sont toujours dévoués à la liberté et à la démocratie, et par des gens envieux de notre richesse", nous le rappellent Albert et Shalon. Ils répondent : "La vérité est que l’anti-américanisme s’appuie sur le sentiment que les Etats-Unis obstruent aussi bien la liberté et la démocratie que le bien-être matériel des autres". Et ils nous expliquent : "Au Moyen-Orient, par exemple, les États-Unis offrent à Israël le soutien militaire, économique et diplomatique pour l’oppression contre les Palestiniens. Ils soutiennent des régimes autoritaires (comme celui d’Arabie Saoudite), qui garantissent aux entreprises américaines des bénéfices avec le pétrole de la taille d’un mastodonte (...) Et puis quand des actes terroristes sont commis par les amis des Etats-Unis , tels les massacres de Sabra et Chatila, engendrés par Israël, aucune sanction n’est adoptée. Mais les sanctions comme celles imposées à l’Iraq, qui provoquent la mort de centaines de milliers d’enfants innocents, celles-là sont tenues pour "valable "".

Mais : "Les États-Unis sont le principal pouvoir du monde. Ils développent un système économique mondial d’une inégalité énorme et qui engendre une misère incroyable. Ils démontrent leur arrogance quand ils rejettent et stoppent le consensus international sur des thèmes qui vont de la protection de l’environnement aux droits des enfants, aux mines terrestres, à une Cour Pénale Internationale et à la militarisation de l’espace".

 

Au milieu de la douleur, il faut arrêter la machine de guerre

 

Un peu plus loin, Albert et Shalon mettent le doigt sur la plaie. Écrit sous la forme de questions et réponses, leur texte pose la question : "Il n’est pas cruel de parler des crimes des États-Unis à l´instant même où nous veillons nos morts ?". Et ce sont eux-mêmes qui répondent : "Il le serait si nous-mêmes n’étions pas terrorisés par ce qui s’est passé". Mais, et surtout, "si les Etats-Unis n’étaient pas en train de parler ouvertement de promouvoir une guerre contre des pays tout entiers, de descendre des gouvernements, de promouvoir des attaques massives, sans la moindre inquiétude de séparer les terroristes de la population civile".

Nous n’exagérons rien. Les auteurs nous rappellent que la résolution votée par le Congrès de leur pays autorise M. Bush à "employer toutes la force nécessaire" contre un très large éventail de cibles : "des nations, des organisations ou de personnes qu’il [Bush] détermine comme ayant conçu, autorisé, commis ou aidé dans les attaques terroristes, ou avoir abrité telles organisations ou personnes". Dans un autre texte, un autre journaliste américain indépendant nous rappelle que l’injustice inscrite dans le texte permettrait, par exemple, de bombarder New York, où vivent des gens – Henry Kissinger, par exemple – accusés, des preuves à l’appui, d’avoir autorisé des actions internationales de terreur ...

 

Sous la cible, les nations qui déplaisent aux EUA...

 

Albert et Shalon examinent les conséquences d’une telle résolution dans le monde. Ils rappellent que la liste des "États-terroristes" élaborée par le Département d’État des États-Unis comprend l’Iran, l’Iraq, la Syrie, la Libye, Cuba, la Corée du Nord et le Soudan. Ils rappellent, par exemple, que "Cuba est inclue, on soupçonne, moins à cause d’une connexion réelle quelconque avec le terrorisme qu’à cause d’une hostilité durable des Etats-Unis envers le gouvernement cubain et dû à un long souvenir des attentats terroristes américains contre le pays". Et ils réagissent : "Si nous parlons du type de terrorisme représenté par des bombardements et invasion militaires, embargo de médicaments et d’aliments, d’attaques à des buts tels que des cliniques de santé et des coopératives agricoles au Nicaragua, le financement et l’entraînement d’escadrons de la mort, alors nous aurons une liste bien différente des nations coupables – y-compris celles qui se disent opposantes à la terreur, comme les États-Unis, le Royaume-Uni, la Russie et Israël".

 

...et les mouvements qui dérangent l’élite de l’Empire

 

Le texte va plus loin. Profonds connaisseurs de la politique américaine, les auteurs rappellent que "depuis la fin de la Guerre Froide, les États-Unis ont un problème : comment mener la société à soutenir des politiques qui ne lui apportent pas de bénéfices, mais qui servent aux intérêts de l’élite". Derrière la convocation de Bush, les auteurs montrent qu’il y a vraiment l’intérêt de l'establishment à remplacer la Guerre Froide par la Guerre Anti-Terreur. (...) Ils auront de nouveau un ennemi qu’ils pourront culpabiliser de n’importe quoi, en essayant en même temps de calomnier les dissidents, en les accusant de parcourir un chemin qui mène inévitablement aux horreurs du terrorisme".

Albert et Shalon signalent que les partisans de la guerre disent tout le temps qu’" elle sera longue, difficile, contre un ennemi implacable, énorme et qui a même le don de l’ubiquité". C’est assez simple de comprendre leur objectif : "ils vont déclarer que nous devons braquer nos énergies sur cette cause, que nous devons sacrifier la nourriture au profit des armes, la liberté au nom de la sécurité, que nous devons nous soumettre au commandement de la droite et oublier toutes les luttes pour les droits. Leur réponse préférée sera celle d’employer le pouvoir militaire, tout particulièrement contre les nations plus faibles, peut-être même occuper l’une d’entre elles, et agir par tous les moyens disponibles qui ne réduiront absolument pas la menace de terreur, mais qui vont provoquer des conflits dans lesquels le pouvoir aura des intérêts".

Un défi que la gauche doit envisager

À la fin de leur texte, Albert et Shalon s’occupent des défis que la gauche des Etats-Unis certainement envisagera, vu la force que les attentats vont donner à Bush. Comme toute la conjoncture internationale a changé depuis le 11 septembre, il est possible que leurs observations soient valables en d’autres endroits. Et c’est encourageant de savoir qu’eux aussi proposent, comme solution une disposition encore plus grande de dialoguer aves les sociétés, de conquérir cœurs et esprits. "Ce seront des temps difficiles. L’isolement ne nous servira pas. Mais les changements dépendent de la résistance organisée qui éveille la conscience et le compromis (...) Il ne suffit pas que la gauche adopte des positions correctes ou qu’elle soit combative. Il faut aussi qu’elle soit énorme"...


Outras Palavras (D´Autres Mots) est le bulletin en ligne de mise-à-jour du portailportoalegre2002.org
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Référence : Outra Palavras (D'Autre Mots) - , lundi, le 8 octobre 2001 - nº 04 - bulletin en ligne du portail Porto Alegre 2002.
Reproduit par Cyberhumanisme avec l'accord du site.



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