Alors
cest arrivé.
En France
aussi le soleil de la dignité est tombé ! Emporté
sûrement par les pluies trop abondantes dun printemps
fatigué, le ciel a chu dans leau noire et fanée
de la honte. Doù vient cet écurement
soudain, ce dégoût lassé de nous-même
? Ce nest plus lombre de linfamie, cest
sa terrible vérité. Dans ce loft tétanisé,
aux murs à sens unique où tout se voit de lextérieur,
mais où le monde ne pénètre pas, sinon
par le verdict amusé de téléspectateurs
retrouvant la furie viscérale et surannée de la
plèbe romaine face aux gladiateurs de larène
(mais ils étaient contraints, eux !) ; dans ce huis clos
paradoxal à la scène grande ouverte, donnant sur
linfini de labsurde, où des gens qui sennuient
soccupent en regardant à la télé
dautres gens qui sennuient ; dans cette nudité
factice où tout est mis en scène, où lallégresse
enjouée des rencontres et de la vie fait place à
la prédétermination de participants sélectionnés
pour créer lévénement, le drame,
comme dans linfernal huis clos sartrien (" lenfer,
cest les autres " !) ; dans cette évidence
télévisée du déshonneur, cest
lillusion de notre humanité qui semblent seffondrer.
Dans
cet univers trépané, ce nest pas lautre
quon observe, cest nous-même. Mais qui veut
de cette vérité-là ? Qui peut décemment
laccepter ?
Comme
ils avaient raison nos ancêtres, nos maîtres ! Lhomme
est un loup pour lhomme, mais la servitude en ce monde
est dabord volontaire. Cest de son propre élan
quil abdique sa plus haute valeur. Il ne se vend pas seulement,
il se réfute ! Ce fut dit, répété
négligé. On savait, on en riait à loccasion,
ou montrant les autres du doigt, les ignobles !, on sen
offusquait bruyamment. Mais cest là. Chez nous.
Pas seulement chez les flamands. Pas seulement aux Etats-Unis.
En France ! En nous ! Pour qui nous prenions-nous ? Des élus
de la dignité ? Le joyau exhalté de la grandeur
humaine ?
Lhomme
est partout le même. Partout la même absence. La
même infirmité. Faut-il donner raison aux cyniques
et aux dictateurs ? Donner à lhomme ce quil
demande, après tout. Le mépriser ? Non bien sûr.
Jamais ! Mais lillusion nest plus permise. Le mal
nous est plus intime que nous ne le pensions. Il nest
pas en lautre, il nous ronge. Il nous épuise. Il
nous vainc. Ô, pardon pour la vérité. Pardon
pour la misère !
Et pourtant
je veux croire quau cur de labsurdité
démasquée, il reste un temple pur, une uvre
à révéler, un secret indicible qui ne sera
pas profané. Le corps de lHomme est dépecé,
mis à nu, mis à prix. Son esprit son ébauche
desprit ! souillé dans sa faiblesse, perverti
dans son immaturité. Mais son âme nest pas
touchée. Ne peut pas être touchée. Car ce
nest certainement pas lâme humaine qui se
donne à voir en ce loft à la pauvre histoire.
Elle la désertée si totalement, si parfaitement
Vous y voyez les hommes bouger, parler, mentir, pleurer, remuer
leurs squelettes automatisés, agiter leurs souffrances
incomprises et lignorance même de leur infirmité.
Mais vous ne verrez pas leur âme !
Vous
pensez voir lintimité de lêtre, la
vie nue des hommes et des femmes en ce début de siècle
avorté, mais je prétends à la face du monde
quil est une autre intimité, une autre gloire au
cur de lHomme, et dune noblesse infinie. Un
sanctuaire à découvrir. Un horizon inaperçu,
quelque part, à traverser. Une splendeur. Parfaite, immaculée.
À ouvrir. Un hymne à célébrer. De
folle innocence, de légère sainteté. Comme
un vide à combler dans lunivers. Et que ce vide
est lespérance des étoiles. Et que cette
espérance est notre destinée. Et que cest
notre humanité !