Flash Mob, Smart Mob :
Foules intelligentes

Premier "Flash Mob" français,
Paris, Le Louvre, 28 août 03
"Rendez-vous ce soir à 19h, apportez
vos parapluies" un signal (e-mail ou sms)
vous informe d'un rendez-vous pour le moins étrange. C'est
nouveau ça vient de sortir ! C'est un "flash
mob" c'est-à-dire une mobilisation éclair.
Des personnes qui ne se connaissent pas se rencontrent pendant
quelques minutes pour des actes absurdes "les mobs projects"
: à New York une petite foule rentre dans une boutique
rapidement et en sort, à Rome, sur une place, un groupe
mime des visiteurs d'une librairie imaginaire. À Paris,
une centaine de personnes sous la pyramide du Louvre se couche
par terre, pendant quelques secondes. Aux Etats-Unis, et maintenant
des capitales de toute la planète, des gens se lancent
des invitations aussi fulgurantes que farfelues. Des appels indépendants,
ludiques, initiés et réalisés dans l'anonymat,
incontrôlés, à l'image d'une nuée de
papillons.
À Paris, le flashmobbing a démarré
par des actions bon enfant, très boboïde, la plupart
habitant au cur de Paris. Le 2 septembre, c'était
le 2e "flash mob" dans la capitale, devant le Centre
Pompidou. Le principe : les participants tournent autour du pot,
symbolique très post-moderne d'une société
égarée vénérant le pot d'or (lointaine
évocation du veau d'or ?). Les photographes venus en masse
se pressent, certains participants prennent même la pause
en pleine rue. Les médias en parlent sans doute, parce
que ce n'est rien, cela ne promeut rien, bref ça ne rime
à rien. On reste un peu sur sa faim. Tout ça, pour
ça ?
Le phénomène ne serait pas aussi
futile qu'il y paraît, si on en croit Howard
Rheingold personnalité fameuse du monde cyber (l'un
des éditeurs de Wired), auteur de "Smart
Mobs - The Next Social Revolution", lui parle de "foules
intelligentes" (smart mob). Rheingold
s'intéresse plus particulièrement aux implications
sociales des technologies. C'est à Tokyo en 2000 qu'il
découvre le phénomène du "texting",
ces utilisateurs de téléphone qui communiquent par
SMS, "signe avant-coureur de changements plus profonds dans
les dix prochaines années", écrit-il. D'après
lui, c'est la prochaine révolution sociale !
Certes, le principe
de performance n'est pas nouveau, on pense aux happenings
artistiques nés dans les années 50/60, uvres
d'art vivantes et éphémères. Mais les technologies
renouvellent le genre apportant l'instantanéité
: e-mails, SMS, messagerie
instantanée, blogs, wiki,
chats. Les mobbers se réapproprient l'espace publique.
Urbains et très branchés, les "sans fils"
s'amusent en inventant le bouche à oreille électronique
(les "off line" sont par définition exclus).
En quelques minutes, des appels peuvent rebondir de téléphone
mobile à téléphone mobile. Cet été,
l'industrie du cinéma américaine en a fait les frais.
Dès la sortie des salles, les ados cassaient plus vite
que leur ombre la réputation d'un film avec des SMS assassins
: "c nul !". Certaines productions ont vu leur déclin
accéléré par ces transmissions instantanées,
aux grands dams des studios.
Outre les ados, des activistes étas-uniens
utilisaient déjà les SMS, à Seattle en 1999,
des militants anti-OMC ont organisé des rassemblements
via ces petits messages courts. Idem dans les mobilisations contre
la guerre en Irak en Amérique, des petits groupes de copains
partout se donnaient des rendez-vous pour manifester par textos
interposés. Rheingold rapporte d'autres cas de "smart
mobs" militants. Par exemple, en 2001 les manifestations
pacifiques aux Philippines, coordonnée par SMS, ont fait
chuter le gouvernement du président Estrada en 2001. Avec
les téléphones mobiles qui se généralisent
sur la planète, notamment dans les pays du Sud qui n'ont
pas de réseaux traditionnels, on peut imaginer que le mouvement
est en marche.

Loft Raider, Les Humains Associés, Saint
Denis, 19 mai 2001
Il y a donc des flash mobs pour tous les goûts,
certains plus "smart" que d'autres ! Car après
tout, le "smart mob" est un concept en copyleft qui
appartient à tous, et d'autres tribus vont s'en saisir.
Il y a les amuseurs qui ne veulent que du fun. Et les autres,
les poètes, artistes ou protestataires.
L'émergence prochaine des smarts mobs
symboliques et poétiques ne saurait tarder. Car les genres
ne peuvent que fusionner: Smart mob +
performance artistique ou smart mob + RTS,
smart mob + BookCrossing, smart mob + sit in ? Même les
anti-flash mob existent ! Le principe du non-événement
consite à non pas réunir des foules, mais en appeler
à l'absence de gens dans certains lieux publics pendant
quelques minutes, le vide au lieu du plein
Les
actions contestataires peuvent aussi être ludiques ! Convivialité,
politique et non-violence sont les mots-clés de cette génération
d'activistes en pleine éclosion. Côté happening
engagé, citons quelques exemples : contre la télé
réalité, un groupe d'humains a lancé un acte
de résistance artistique
face au mur d'enceinte du premier Loft Story (2001), en scandant
des slogans tels que "les humains ne sont pas des rats"
et une altiste de la troupe jouant du Bach. Imaginez des musiciens
sorganisant un smart mob ? Et des cyclistes se regroupant
pour militer pour l'écologie ? Depuis
dix ans en Californie puis dans l'ensemble des Etats-Unis,
des militants écolos ont lancé le mouvement Reclairn
the Streets (RTS) ou "Critical
Mass", afin de reconquérir les rues, des cyclistes
se rassemblent en masse en opposition aux voitures.
Pour délivrer un message de paix, il y
a quelques mois a eu lieu un "lâché
de livres". Au cours du dernier salon du Livre à
Paris, des Italiens et des Français ont lancé des
ballons dans les airs transportant des livres offerts avec la
mention "Passe Livre, à faire circuler". L'opération
s'intitulait "10 000 livres pour la paix, zéro balle
pour la guerre" et mettait en circulation des ouvrages dont
les textes avaient été cédés par des
lecteurs et éditeurs : c'est ce qu'on appelle le "Book
Crossing" (ou "passe-livre").
Ces
jours derniers (août 2003), un appel circule par e-mail
: "11
septembre, commettez un attentat poétique". Ce
matin-là, nous sommes invités à "sortir
muni d'un livre, important pour vous, un livre qui a changé
votre regard sur le monde, écrivez-y une dédicace
et libérez-le sur la voie publique, sur un banc, dans le
métro, dans un café à la merci d'un lecteur
inconnu". Des commandos d'écrivains et de lecteurs
de plusieurs pays vont disperser des livres dans les rues, le
jeudi 11 septembre à 14h46 à Paris,
Bruxelles, Florence, San Francisco et Avignon. "Le 11
septembre ne restera pas un anniversaire funèbre si nous
transformons cette date, ensemble, en un acte créateur
et généreux". Toutes ces nouvelles formes de
mobilisations s'appuient sur un usage avisé des nouvelles
technos. Le smart mob découle d'un certain état
d'esprit très Internet, et peut-être aussi d'un besoin
de se voir et d'agir dans le monde réel, même si
comme sur la toile c'est pour se croiser seulement pendant quelques
instants. Tout reste à inventer et pourquoi pas un "Global
Mob" ? Selon Pierre
Lévy : "Le futur Web exprimera l'intelligence
collective de l'humanité mondialisée interconnectée
dans le cyberespace."
Natacha
Quester-Séméon

Le 3 septembre 2003, Paris
Attentat
poétique 2004 - polémique
Dérives éthiques et questions
de fond et pourquoi les humains ne participent à
la prochaine édition.
Activisme,
arts et humanisme
(suite
du débat)
Réflexions autour du Flash Mob, de l'attentat poétique,
des Humains étaient présents au 3e Flash
Mob de Paris.
Flash
Mob et nouvelles formes de mobilisations ? Débat et
idées
Si vous avez des idées ou des suggestions, participez au
fil
sur ce thème dans le forums des Humains
Attentat
poétique : Récits
de lâchés de livres 2003 (Paris, Montréal,
Bruxelles
),
vous
aussi racontez nous votre attentat.
[Actualisation des liens : 2 octobre 2003]
Flash Mob
Plate-forme mondiale des mobbers :
flashmob.info
cheesebikini.com : cheesebikini.com
Premier Smart Mob : E-Mail
Mob Takes Manhattan (Wired)
Communauté de Howard Rheingold smartmobs.com
Paris : parismobs.free.fr
(site des organisateurs) - et aussi parismobs.com
Wiki Crao : wiki.crao.net
- page
infos (liens + infos)
Nice : nicemobs.free.fr (liens
+ infos)
Lille : lillemobs.jexiste.fr
Toulouse : flashmobs.fr.st
Bordeaux bordeauxmobs.free.fr
Catégorie dans
Yahoo.fr
Anti-Flash Mob : group/antimob
Vidéo :
1,
2, 3 , Sully, premier Flash Mob de Paris, vidéo de
Télérama.fr.
Pot
Pidou, deuxième Flash Mob de Paris, vidéo de
NovaPlanet.
Flash mob au bureau
! (très disco)
Nouveau
langage de texto/sms (dossier de RFI)
A lire aussi :
Dadaist
lunacy or the future of protest? An introduction to the world
of flash-mobbing, by Elanor Taylor (Social Issues Research Institute)
Dadaïsme
deuxième génération sur le web (courrier
international)
'Smart
mobs': foules intelligentes (et dangereuses), Françis
Pisani.
Trash
Snobs, par Guillermito
Flash Mob : De
l'intox marketing au robot-activisme
Pour
comprendre le phénomène des flash mobs, Françis
Pisani, largeur.com.
L'attroupement-éclair,
un étrange rituel urbain, Le Monde.
Des foules éclairs
sortent du Net (fing.org)
Mais
pourquoi donc on se fait tant chier en manif ?
Mouvements
alternatifs: La rue nous appartient, Danesi Marco
critical-mass.org-
"Masse Critique"
fête en septembre son 10e anniversaire
De New York à
Paris, les happenings subversifs des militants contre la vidéosurveillance
(Transfert)
11
septembre, commettez un attentat poétique
Attentat
poétique : Récits
de lâchés de livres (Paris, Montréal,
Bruxelles
),
vous
aussi racontez nous votre attentat.
libérez vos livres : bookcrossing.com
Le lâché de livres (Paris, mai 2003)
Passe-Livre - France
European
BookCrossing (site des francophones)
Book-Crossing
Anti-Loft Story, Les Humains Associés,
mai 2001
Compte rendu "Howard
Rheingold à la Sorbonne", le 20 mai 2003 - débats
(forum)
Interview parue dans Transfert : "Une
'foule intelligente' n'agit pas nécessairement judicieusement",
Howard Rheingold
Interview dans NetPolitique,
Howard Rheingold
Le livre : Smart
Mobs - The Next Social Revolution
Communauté de Howard Rheingold smartmobs.com
Site perso de Rheingold.
La
performance comme catégorie artistique (histoire de
la performance)
Interview
de Pierre Lévy (journal du Net)
MINI LEXIQUE :
Blog n. m.
Abrév. de weblog. Log personnel, sur le web. L'idée
est, pour un individu, de tenir une sorte de journal personnel
en forme de site web et de le publier. Le contenu a une géométrie
très très variable sur ces sites de plus en plus
populaires (source:
tout-savoir.net )- retour à l'article
Lire aussi : pointblog.com
SMS
Small Message System. Petit message textuel, qu'on peut envoyer
sur un pageur ou sur un portable.(source
: tout-savoir.net) - retour à
l'article
Wiki n. m.
De l'hawaïen « wiki wiki » signifiant «
vite ». site web dont la principale caractéristique
est de permettre à ses utilisateurs d'éditer de
façon simple et rapide n'importe laquelle de ses pages.
Le premier wiki était celui du Portland
Pattern Repository, fondé en 1994. (source:
tout-savoir.net ) - retour à
l'article
Smart Mob :
"SmartMobs", le dernier ouvrage de H. Rheingold n'est
pas encore traduit en français. Faut-il traduire le titre
par intelligences mobiles, foules mobiles, puces mobiles ou mobiles
malins ? On peut supposer que la traduction actuelle du titre,
telle qu'elle circule en français, cherche surtout à
reconnaître dans cet ouvrage un prolongement à "Communautés
virtuelles". Mais les "SmartMobs" ne concernent
pas seulement les connexions inter-humaines. Ils permettent aussi
d'envisager des connexions inter-objets, inter-lieux, et inter-catégories
(lieu, objet, humain). (source:
Transactiv.exe) - retour à l'article
RTS - Reclairm the Streets :
"RTS tente de l'imprégner d'une vision alternative
de la société, en organisant des fêtes de
rues tout en bloquant la circulation afin d'ouvrir les rues et
de "respirer sans voiture". Dans de nombreuses villes,
les fêtes de rues ont concordé avec un autre mouvement
international : Critical
mass et ses promenades à vélo. Le concept est
parti de San Francisco en 1997 est s'est étendu dans d'autres
villes d'Amérique du Nord, en Europe et en Australie. Par
la force de leur nombre, les cyclistes forment une masse imposante,
obligeant les voitures à leur céder la voie. C'est
peut-être en faisant un lien entre ces deux mouvements que
la presse traditionnelle a interprété RTS comme
"des protestations contre l'automobile ". Pour les adeptes
de RTS, cette interprétation demeure simpliste: la voiture
est un symbole - manifestation la plus visible de la disparition
de l'espace communautaire." (source
: Espace public líempire contre-attaque) - retour
à l'article
Voir aussi :
critical-mass.org
Mouvements
alternatifs: La rue nous appartient (article Domaine public)
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