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FIL : SOUVIENS-TOI D'AVRIL DERNIER !

21 Avril 2003 : "69% des personnes interrogées estiment que la présence de l'extrême droite au second tour de la présidentielle est "une situation qui pourrait très bien se reproduire à l'avenir"


DOSSIER : NON A UNE FRANCE RACISTE, ANTISÉMITE ET XÉNOPHOBE !



Le 21 avril


Le Monde et les États-Unis auront eu le 11 septembre. Nous, petits français, avons eu notre "21 avril". Une peur concrète est entrée dans notre vie quotidienne. Celle de voir une bombe volante tuer des milliers de personnes ou des élections "désacralisées qui ont provoqué la chute des partis dominants et la montée d'une extrême droite terrifiante, qui nous met face à nous-mêmes et non pas face à une représentation arrangée de nous-mêmes.

La petite vie de l'occidental moyen a été bousculée par cette attaque terroriste. Et la peur panique a pris le dessus. De même, localement, une peur insidieuse, un délitement social a provoqué un repli sur soi, une peur de l'autre. L'abandon.

Que ce soit à l'échelle de la planète ou à la petite échelle de notre pays, nous avons pointé du doigt les problèmes. Néanmoins, ces problèmes demanderaient que l'on se consacre à les résoudre de toutes nos forces. Comme on le ferait pour la reconstruction du pays après une guerre. Tout le monde se met derrière une table pour parer au plus pressé, aux besoins vitaux, en oubliant les différents d'hier et de demain. Dans l'urgence, les dogmes devraient faire place à un pragmatisme, à une "union nationale".

Et si pour un moment, on arrêtait de s'attaquer, de se critiquer parce que l'autre est de l'autre camp, pour enfin parler de l'essentiel, de ce qui ne va pas, et de ce qu'il faut faire maintenant. Quels sont les moyens dont nous disposons ? Combien de temps serait nécessaire pour venir en aide aux plus démunis ? Redonner un sens à notre avenir ? Ne serait-ce qu'avoir des perceptives, un projet commun.

En France, il y a un risque majeur, selon les résultats du premier tour des Présidentielles, il y a 30 % de votants qui ont choisi les extrêmes, 28 % ont choisi de s'abstenir, et presque 3,5 % de votes blancs ou nuls. Si nous ne le prenons pas en considération, et que nous n'améliorons pas la situation, cela pourrait devenir volcanique. Au fond, nombreux sont ceux qui le sentent, le 21 avril c'était l'alerte jaune. Dès lors, on ne peut pas faire comme si de rien n'était. Nous sommes majoritairement insatisfaits, mais nous ne savons pas vraiment ce que nous voulons. Il faut du changement, et cela implique des idées nouvelles, des comportements nouveaux.

Dans ce contexte, les clivages gauches droite sont bouleversés. Il faudrait peut-être redéfinir ces clivages : d’un coté, il y a les forces conservatrices , de l’autre, les forces progressistes. On dénonce, on dénonce, mais que proposons-nous ?

Nous sommes dans l'époque de transition entre le niveau national et le niveau continental. L'Europe n'a pas un système suffisamment transparent et démocratique pour les citoyens du vieux continent. Le Vote FN est donc conjoncturel, il y a l'effondrement intérieur des partis de gouvernements, à bout de souffle, et les pressions externes d'un monde violent : violence quotidienne, violence économique et sociale, violence internationale (conflits, guerres, terrorismes)[1].

Lorsque l'on a peur, on se replie sur soi, la paranoïa prend le dessus, tout le monde est un ennemi potentiel, c'est le chacun pour soi, on accuse l'autre d'être coupable de nos malheurs, etc. C'est l'hystérie collective. D'ailleurs, la France est au bord de la crise de nerfs.

Comment faire baisser le vote Le Pen ?

La lutte anti-FN n'a pas porté ses fruits depuis quinze ans. Pourtant, il y avait de nombreux intellectuels, artistes, organisations, citoyens qui ont milité activement contre cette montée de l'extrême droite. Mais cela n'a pas porté ses fruits. Stigmatiser ne suffit plus, il faut comprendre et changer de méthode. Déjouer les pièges, retourner leurs armes. Le FN nous agresse, il cherche à couper le dialogue avec des gens comme nous. Au contraire, il faut alors, vers eux, communiquer avec les électeurs du Front… (Je sais c'est plus facile à dire qu'à faire, mais se sortir de là, ne sera pas aisé...)

Que faut-il faire aujourd'hui pour faire baisser le score du FN ? Car la question est tout aussi inquiétante pour les élections de juin. Et pourquoi, ce score a-t-il été si stable ces dernières années et a même légèrement progressé ? Que veulent nous dire les électeurs du FN que nous ne savons pas entendre ?

C'est la preuve que les bons discours même s'ils sont justes ne peuvent remplacer une réelle action politique. La société civile était plus inquiète de la progression du FN que les politiques eux-mêmes. Faire des discours entre convaincus n'a pas d'impact réel sur la situation. En ce sens, la lutte "anti-fasciste" ne peut pas marcher.

En ce qui me concerne, je pense que nous avons un effet secondaire de la mondialisation et de de "l'Euronisation". J'ai le sentiment que c'est l'effet-retour de l'Euro, de l'ouverture des frontières, etc. N'oublions pas que le référendum de Maastricht est passé de justesse en France, et, depuis lors, sans doute nombreux sont ceux qui ont continué d'être contre l'Europe, et l'on vécu comme une contrainte. On n'a pas suffisamment expliqué que l'Europe est une chance pour la France. Et qu'au contraire, elle nous rend plus fort. Il n'y a eu aucune pédagogie de la part de nos gouvernants, que c’est la meilleure réponse à la mondialisation…Et même à l'Empire américain et à son armée toute puissante.

Beaucoup de personnes sont très attachées à l'image d'une France rayonnante. Par manque de pédagogie, ces gens pensent que la politique européenne implique la disparition des nations. Ils ont donc peur (perte de repères et d'identités). Il y a aussi les jeunes, les chômeurs, les exclus, orphelins du système, qui représentent 20 % des électeurs du FN.Il y a aussi les effets de la mondialisation, ou plutôt de l'anomie [2]. La violence économique, tout le monde, les plus défavorisés comme les autres, a le sentiment que dans le monde du travail, nous ne sommes que des marchandises. Les exclus sont abandonnés, et malgré les discours de la gauche, ils ne voient pas leur situation évoluer. Les politiques semblent impuissants face à des intérêts gigantesques qui dépassent la notion de nation.

Je pense que la Gauche de gouvernement a délaissé le terrain et la proximité avec les gens depuis vingt ans. Ainsi, elle a laissé le champ libre à l'extrême droite, et à l'extrême gauche qui ont été les seuls à véhiculer un discours de proximité vers les exclus du système. Mais cela a eu pour effet, de durcir et de radicaliser les positions.

Nous lamenter sur notre propre sort est contre-productif aujourd'hui. Nous devons absolument aider les plus défavorisés, les exclus. Nous devons pousser l'État à faire son travail, celui de la solidarité sociale. En toute bonne conscience, malgré nous, nous avons alimenté cette dérive et cet abandon des exclus. Un exemple : Les Restaurants du Cœur. Lorsque Coluche a fondé les restos, l'idée était d'alerter l'Etat, et d'ouvrir les Restos seulement pendant un an ou deux. Que s'est-il passé plus de quinze ans après ? Les Restos font sur le terrain, comme de nombreuses autres associations, ce que l'État devrait faire. Et nous, citoyens-consommateurs, pensons qu'acheter un disque ou faire un don à ces associations, cela va résoudre le problème ! (il faut le faire, mais cela est insuffisant). Alors que nous devrions faire pression sur nos représentants pour qu'ils traitent cette question à la base. Sinon, nous déresponsabilisons nos politiques, nous dépolitisons la politique. Les partis politiques ont une conception erronée de la réalité sociale. Il faut qu'ils se remettent en question et qu'ils cessent de continuer les mêmes erreurs.

Il faut aussi, que les forces d'opposition ne se limitent pas à critiquer systématiquement, en ne proposant aucune solution, car cela ne fait qu'amplifier les sentiments de frustration et d'impuissance. Il faut dénoncer et proposer, indiquer des moyens, reconnaître les erreurs pour avancer. Trop souvent, on voit des mouvements qui se cachent derrière des critiques acerbes et populistes, afin d'occulter le fait qu'ils ne proposent rien ! Il ne suffit pas de dire des évidences pour se prétendre être un opposant. Les pseudos rebelles ruent dans les brancards, se prenant pour les guignols, ils attaquent, tirent sur tout ce qui bouge, mais ne font rien et ne proposent rien, et bien souvent ne votent même pas ! Cette attitude est aussi dangereuse, parce que trop facile. Et cela aussi renforce le FN. Je pense que la situation nous demande de ne pas tomber dans des pensées étriquées, et de sombrer dans une radicalité paradoxalement facile. Et l'on ne gagne rien à monter les gens les uns contre les autres. Il est nécessaire de tisser à nouveau des liens vers ceux qui se sentent humiliés, et oubliés. Certains le sont réellement, d'autres s'imaginent peut-être l'être. Ce qui est précisément explosif dans la situation qui est la nôtre, c'est que l'émotionnel a pris le dessus.

Il est nécessaire de ne pas diaboliser une catégorie de français (les électeurs du FN), car cela ne fera sans doute que les conforter dans le sentiment d'être à part, et les pousser à camper sur leur position.

Alors maintenant, que faire ?

Humainement,
Natacha Quester-Séméon

[Cet article est en copyleft (licence Mnémosyne]


Quelques pistes de réflexion, maintenant, que faire ?
(Vous pouvez participer à ce débat via la liste de discussion cyberhumanisme, ou les forums en ligne des Humains)

Dès maintenant, il nous est nécessaire de reprendre cette parole que nous avions abandonnée, échanger nos expériences, réfléchir à plusieurs, c’est absolument essentiel. Ces dernières années, l'espace de parole s'est considérablement réduit, et le débat démocratique, les débats d'idées ont disparu… Pour faire place à des non-idées, à un je-m'en-foutisme, ou à des débats dépassés, parce qu'éloignés de certaines réalités et de nouvelles préoccupations. Comme s'il n'était plus possible d'avoir un débat contradictoire, sans doute les traces d'un lissage idéologique, un politiquement correct insidieux. Pourtant, simplement se parler, échanger des réflexions personnelles, cela fait du bien, et cela permet de s'enrichir aux contacts des autres.

Nous devons aussi nous demander : comment peut-on "repêcher" les électeurs du FN ? Comment leur expliquer que ces idées-là ne peuvent pas apporter de solution. Et expliquer comment d'autres projets, d'autres idées (non extrémistes), peuvent résoudre les problèmes concrets. Comme je le disais précédemment, bien des gens sont exaspérés parce qu'ils ont le sentiment que les choses ne changent pas… Et ils finissent par se replier sur eux-mêmes.
Pour agir, avons-nous besoin de nous définir comme étant d'un camp ou d'un autre (gauche - droite) ? Je ne le crois pas, si on parvient à écarter nos idées préconçues. En effet, il y a un énorme travail de fond au niveau de l'éducation, de la société. Et il y a urgence. C'est une urgence républicaine.

Les outils ? C'est à nous tous de les créer. Il faudrait que les personnes de "bonne volonté" commencent par se relier les unes aux autres, peut-être via des réseaux informels, pour tisser un nouveau lien social et actif sur le terrain. Dans les mouvements altermondialistes, par exemple, on a pu voir émerger outre les associations structurées, des micros réseaux informels, ou de personnes individuelles qui sont militantes, mais pas affiliées à une organisation centralisée. Cela représente une force sans récupération partisane possible. Nous avons besoin, je pense, d'une action politique, mais pas politicienne. De citoyens, qui se mobilisent localement sur le terrain, sans nécessairement militer dans des partis politiques. Bref, un éveil de la société civile.

Si l'élan du 1er mai se cristallise et que de nombreux citoyens s'intéressent réellement à la vie de la cité [3], nous pouvons ensemble faire pression sur nos politiques pour qu'ils agissent au mieux. Je pense qu'il ne faut pas que cette prise de conscience soit récupérée par des structures de pouvoir. IL FAUT DU NOUVEAU aussi dans les structures "militantes", et pas faire du neuf avec du vieux.

Les partis politiques sont aujourd'hui juges et partie. Ils ne peuvent pas réellement remettre en cause le système, car ils sont dedans, et ont participé à différents degrés à sa préservation. (Mêmes ceux qui se disent "en rupture" véhiculent des idées archaïques et ne sont pas de réelles propositions). D'ailleurs, c'est aussi peut-être pour cela que les partis de gouvernements s'effondrent, ils n'arrivent pas à se renouveler, car cela demanderait une reconstruction. En fait, les partis politiques sont vieillissants, inadaptés à la fois, aux problèmes locaux, de la vie quotidienne des gens, et inadaptés aux problèmes globaux, impuissants face aux intérêts économiques gigantesques qui règnent sur la planète.

L'idéal serait que les gens qui réfléchissent, qui ont des propositions, se mettent en relation avec ceux qui veulent agir, car, les vieux partis ne proposent rien de nouveau, manquent de vision, et de nouvelles propositions. Il faut rétablir un système réellement démocratique, et ne pas le laisser s'effondrer de l'intérieur.

NOTES

[1] Mondialisation : la peur justifiée des ouvriers, Esther Duflo est professeur au Massachusetts Institute of technology (Rebonds, Libération).

"Le sentiment d'insécurité vis-à-vis de la mondialisation n'est pas propre à la France. Une enquête anglaise sur un échantillon de 5 000 ménages montre que les employés des secteurs exposés aux investissements multinationaux sont plus nombreux à se plaindre de l'insécurité de leur emploi que les employés des autres secteurs (32 % de plus). L'opinion publique semble être gagnée par ce que les Américains appellent la free trade fatigue, la «lassitude du libre commerce». Cette lassitude désoriente les experts, qui insistent sur les bénéfices du commerce international et du libre mouvement des capitaux, et sur les dangers d'un repliement sur soi."
(retour au texte)


[2] Bourdieu : "Nous essayons de montrer de manière systématique qu'il existe une corrélation entre la politique néolibérale et tous les phénomènes que les sociologues regroupent sous le terme d'anomie : suicide, divorce, délinquance, alcoolisme, violence et ainsi de suite. Nous y travaillons scientifiquement pour montrer aux chefs des pays européens : certes, il y a d'un cote des indicateurs économiques, mais d'un autre coté il y a aussi des indicateurs sociaux et démographiques. " (retour au texte)

Les exclus, chomeurs, et les précaires représenteraient, environ 15% de la population européenne.
http://www.homme-moderne.org/societe/socio/bourdieu/entrevue/vernetzF.html

[3] À lire : Après le 21 avril, les jeunes affluent dans les partis et les associations
http://elections.lemonde.fr/presidentielle/actu/aujourdhui/0,,912148,00.html

(retour au texte)

 

 

Ce texte est sous licence copyleft (licence Mnémosyne).
Reproduction autorisée sous couvert de la mention : article de Natacha Quester-Séméon, Les Humains Associés, publié sur Cyberhumanisme.org. Lire les termes de la licence : Licence de libre diffusion Mnémosyne -- lldm version 1
http://www.contenuouvert.org/article.php3?id_article=11



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