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"Je ne suis pas
d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu'au bout
pour que vous puissiez le dire" Voltaire
La
critique nest plus tolérée. Que peut craindre
un géant de lagroalimentaire, marque préférée
des Français, dun site qui appelle au boycott ? Quelques
milliers de signatures face à des millions et des millions
de consommateurs ? Les ventes pourraient-elles baisser ? Limage
de la marque serait-elle plus ternie par un logo détourné
que par des licenciements mal acceptés par lopinion
? On se dit que pour les géants, lappel à
boycott nest quune piqûre de moustique
Il y a certainement une frustration
des firmes face à lInternet. Ce nest pas tant
loutil, mais le fait quil puisse devenir un puissant
porte-voix pour des individus isolés dun nouveau
genre. Ils sont sans appartenance politique, ne sont pas membres
dassociations, ni de syndicats, ils ne votent peut-être
même pas
Bref ce sont des individus sans étiquettes.
Avec la presse, il suffit de
menacer de réduire ou de supprimer les budgets publicitaires
pour faire taire les informations gênantes. Dans les médias,
les firmes font semblant dêtre stoïques. En coulisses
on aiguise les couteaux.
On veut dissuader de critiquer,
de parodier, de se moquer. Limage de marque doit être
intacte, pure. On doit ladorer. La critique ne peut pas
venir dune personne ou dun groupe qui nest pas
un professionnel de la protestation. On aime bien que les protestataires
soient identifiés, à linstar des suspects.
" Comment ? La contestation
pourrait venir de toute part ? Mais cest extrêmement
dangereux !". On veut des interlocuteurs définis,
reconnus, validés par le système. Pas des électrons
libres, pire des consommateurs qui pensent. On écrase.
On étouffe. On veut même nous passer lenvie
davancer, délever la voix. On a le droit de
penser librement, pas de dire ce que lon pense, nuance.
La plainte incontrôlable dérange tout le monde. Les
entreprises, les actionnaires qui se cachent confortablement derrière
leur portefeuille. Les boursicoteurs du dimanche qui ne lâcheront
pas le petit profit. Les politiques, les syndicats. Qui sont ces
actionnaires cyniques ? Cest peut-être mon grand-père,
ma concierge qui économise et capitalise, cest tout
le monde. Pas question de baisser le rendement, de ne pas gagner
autant que prévu. Dailleurs, il faut même gagner
plus. Les joueurs de la bourse sont tous des mauvais perdants.
Quelle est donc l'éthique de cette foultitude dactionnaires
?
Au fond, ce dont le monde du
business a le plus peur, cest que lon porte atteinte
à son image: on ne peut l'érafler, lécorner,
elle doit être parfaite, artificielle à 100 %.
Bien sûr, boycotter nest
pas lidéal, ce geste permet simplement dagir,
peut-être mal, mais dagir concrètement quand
même et denvoyer un signal citoyen.
On veut nous fait croire que
les " petites actions " sont insignifiantes, que seuls
des entêtés, des rebelles montent sur les murs pour
faire entendre leur voix. En réalité, ces "
petites actions " font peur. Elles font trembler le château
de carte de la publicité et du marketing qui construisent
des images pour nous conditionner. Ces images sont fragiles et
valent des milliards. On veut nous faire peur, mais qui du système
ou de nous fait-il le plus peur à lautre ?
Natacha Quester-Séméon
Jeboycottedanone.net
Actualité en bref :
Boycott
de Danone, ça marche 10 % de baisse des ventes
Jeboycottedanone.net fermé définitivement
Nota Bene :
Notre propos est étayé par un article de Libération
[Danone assigne en série, 26 avril 2001].
"Pour de nombreux juristes, l'acharnement de Danone paraît
hors de proportion. Sébastien Canevet, professeur de droit
à l'université de Poitiers, parle de «paranoïa
face au réseau», et souligne qu'il «n'y avait
a priori aucune raison pour que l'Internet titille davantage Danone
que les autres formes de contestation». Selon lui, Danone
est embarrassé par les nouvelles formes d'expression permises
par le Net: «Les citoyens devaient jusque-là s'assurer
du soutien d'un maire ou d'un député pour s'adresser
à une multinationale. Avec l'Internet, on joue à
égalité. Et ce rééquilibrage dérange.»
"
Dans son édito Christophe Agnus du magazine
Transfert considère la plainte contre jeboycottedanone.com,
comme "une des plus belles bourdes de l¹année". Hum
Danone, Edito de Transfert, 26 avril 2001.
S'informer : les liens
Dossier : Affaire jeboycottedanone.com -
L'épidémie de firmes affreuses
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